Lyon#01

Lyon – Place et cours Morand au début du XXe siècle

Description géographique

La Place Morand à Lyon apparaît sur cette carte postale ancienne dans une vue particulièrement animée, prise dans l’axe du cours Morand, au cœur de l’actuel 6e arrondissement. La légende imprimée au bas de l’image indique clairement « LYON. – Place et Cours Morand ». On distingue également le numéro de série 1370 ainsi que la signature « ND Phot ».

Le lieu représenté est aujourd’hui identifiable avec certitude comme la place du Maréchal-Lyautey, située sur la rive gauche du Rhône. L’artère qui s’étend dans son prolongement est l’ancien cours Morand, devenu cours Franklin-Roosevelt en 1945. La place elle-même avait reçu son nom actuel de place du Maréchal-Lyautey par une délibération municipale de 1944.

La composition de la photographie est remarquable par sa profondeur. Au centre se dresse la grande fontaine monumentale de la place Morand, qui fournit un repère permettant d’identifier immédiatement le site. Derrière elle, le cours Morand s’éloigne entre deux alignements d’immeubles élevés, formant une longue perspective urbaine. La Bibliothèque municipale de Lyon confirme que cette place Morand correspond à l’actuelle place du Maréchal-Lyautey et identifie la fontaine comme une œuvre de l’architecte Antoine, dit Tony, Desjardins, avec Guillaume Bonnet pour la sculpture et Édouard Clauses pour le décor sculpté.

La photographie semble avoir été réalisée depuis la partie occidentale de la place, c’est-à-dire du côté du Rhône et du débouché du pont Morand, en direction de l’est. Cette orientation est très probable puisque la fontaine se trouvait historiquement dans l’axe du pont Morand et du cours Morand.

Le premier plan offre une véritable scène de vie lyonnaise. Une voiture hippomobile conduite par un cocher traverse la place, tandis que plusieurs cyclistes circulent à proximité. Des rails sont nettement visibles dans la chaussée, témoignant de l’importance des transports collectifs dans cet axe urbain. Aucun véhicule automobile n’apparaît clairement sur cette vue.

De nombreux piétons occupent la place. Les hommes portent généralement veste sombre et chapeau, tandis que plusieurs femmes sont vêtues de robes longues descendant jusqu’au sol. Ces silhouettes, associées aux bicyclettes et aux voitures à cheval, donnent à l’ensemble l’atmosphère caractéristique de la charnière entre le XIXe et le XXe siècle.

Les trottoirs sont largement plantés d’arbres, disposés en alignements réguliers. À droite, de longues devantures protégées par des stores témoignent de la présence de cafés ou de commerces. À gauche apparaissent plusieurs petits édicules, abris ou kiosques ainsi que des supports couverts de réclames commerciales. De grands réverbères ouvragés complètent le mobilier urbain.

Les façades qui encadrent la place sont typiques de l’urbanisation lyonnaise du XIXe siècle : immeubles de plusieurs étages, composition régulière des ouvertures, corniches et hautes toitures ponctuées de nombreuses cheminées. L’impression générale est celle d’un quartier déjà dense et bourgeois, mais où la rue reste encore très largement partagée entre piétons, cyclistes, voitures à cheval et transports sur rails.

Description historique

La place Morand et le cours Morand sont intimement liés à l’histoire de l’urbanisation des Brotteaux, sur la rive gauche du Rhône. Leur nom rappelle l’architecte et urbaniste Jean-Antoine Morand, qui proposa dès 1764 un vaste projet d’extension de Lyon vers l’est. Son plan prévoyait notamment un réseau de rues ordonnées, plusieurs places et un nouveau pont sur le Rhône. La place aujourd’hui appelée Maréchal-Lyautey est considérée comme l’un des espaces ayant le mieux conservé les traces de ce projet urbain.

L’élément majeur de la carte est cependant la fontaine. Elle fut réalisée au Second Empire et dévoilée en août 1865. Les Archives municipales de Lyon précisent que la statue de la Ville qui la couronnait était alors encore provisoire et réalisée en plâtre. La documentation de Numelyo indique que la statue définitive, sculptée dans le marbre de Carrare par Guillaume Bonnet, fut mise en place en août 1867.

Le monument avait une signification politique et civique. Il fut élevé à l’initiative des habitants et de la municipalité pour commémorer la suppression des péages sur les ponts du Rhône sous Napoléon III. La grande figure féminine placée au sommet personnifie la Ville de Lyon. À sa base prennent place des figures symbolisant notamment la Navigation, la Force ou l’Industrie, le Commerce, l’Histoire et la Géographie. Des mascarons en forme de têtes de lion alimentent les vasques de la fontaine.

La datation précise de cette photographie ne peut être établie à partir du seul recto. Plusieurs indices permettent toutefois de proposer le tout début du XXe siècle, probablement autour de 1900-1905.

Le premier indice est la mention « ND Phot », marque associée à la maison parisienne Neurdein frères, importante entreprise de photographes, imprimeurs et éditeurs. La Bibliothèque nationale de France indique que la firme utilisait la marque « ND » à partir de 1885 et qu’elle fut active sous la direction des frères Neurdein jusqu’en 1918. La BnF conserve par ailleurs la référence d’un catalogue de leurs collections de cartes postales établi vers 1904-1905.

Cette fourchette est renforcée par les collections des Archives municipales de Lyon : plusieurs cartes lyonnaises attribuées à Neurdein frères – ND Phot y sont précisément datées de 1902 et 1903. Cela ne permet pas d’affirmer que cette photographie a été prise en 1903, mais rend une datation dans les toutes premières années du XXe siècle particulièrement vraisemblable.

L’aspect de la rue va dans le même sens : circulation hippomobile encore dominante, nombreuses bicyclettes, costumes, grands chapeaux, rails dans la chaussée et quasi-absence de l’automobile. Ces éléments constituent des indices concordants, sans toutefois fournir à eux seuls une date exacte.

Cette carte constitue ainsi un témoignage particulièrement riche de la Place Morand à Lyon à une époque où le quartier des Brotteaux avait déjà acquis son architecture urbaine monumentale, mais où les modes de déplacement et l’animation de la rue appartenaient encore largement au XIXe siècle. La fontaine, toujours présente aujourd’hui, permet de relier directement ce paysage lyonnais ancien à l’actuelle place du Maréchal-Lyautey.

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