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Versailles – La voiture du mariage de Napoléon Ier au Grand Trianon

Description géographique

La voiture du mariage de Napoléon Ier à Versailles est ici présentée dans une spectaculaire mise en scène muséographique autrefois installée dans le domaine de Trianon. La légende imprimée au bas de la carte est particulièrement précise : « VERSAILLES. – Le Grand Trianon – Voiture du Mariage de Napoléon 1er (2 Avril 1810) ». Une traduction anglaise figure immédiatement en dessous, signe que cette édition était également destinée aux nombreux visiteurs étrangers de Versailles.

Contrairement à ce que pourrait laisser croire une lecture rapide de la légende, la photographie ne représente pas un cortège réellement photographié dans les jardins du Grand Trianon. Il s’agit d’une présentation de musée reconstituant l’apparat d’une voiture impériale. La berline occupe tout le centre de la composition. Sa caisse fermée, très élevée, est percée de grandes fenêtres qui permettent d’apercevoir deux personnages figurant le couple impérial. Le toit est surmonté d’un important décor sculpté, tandis que la caisse est enrichie de motifs ornementaux caractéristiques d’un véhicule de cérémonie.

Autour du carrosse, tout a été conçu pour restituer l’impression d’un cortège impérial. Des chevaux richement harnachés sont représentés au premier plan et sur la droite, avec de grands plumets décoratifs. À l’avant de la voiture prennent place des personnages en livrée, eux aussi coiffés de couvre-chefs à plumes. L’ensemble forme donc davantage un tableau historique en trois dimensions qu’une simple présentation technique du véhicule. Sur la gauche apparaît même une statue monumentale, intégrée au décor de l’exposition.

Cette localisation à Trianon possède aujourd’hui un intérêt historique supplémentaire. Le château de Versailles confirme qu’un bâtiment spécialement destiné aux voitures historiques fut construit à Trianon par l’architecte Charles-Auguste Questel. Le premier musée des Voitures de Trianon ouvrit au public en 1851. Les collections y demeurèrent plus d’un siècle avant d’être transférées en 1978 à la Grande Écurie ; le bâtiment de Questel fut alors détruit. La collection est aujourd’hui présentée dans la galerie des Carrosses, située dans la Grande Écurie de Versailles.

Cette carte postale constitue ainsi le témoignage d’un musée versaillais aujourd’hui disparu. Elle ne montre pas seulement un véhicule historique : elle conserve l’image d’une ancienne manière de présenter l’histoire au public, avec chevaux, personnages et accessoires destinés à recréer visuellement le faste de l’Empire.

Plusieurs détails permettent enfin de situer l’édition de la carte. Le numéro 284 apparaît en bas à gauche. Les mentions « LL. » et « SELECTA » sont visibles près de la légende. Des collections patrimoniales identifient ces marques à Lévy Fils & Cie, important éditeur parisien de cartes postales actif au début du XXe siècle ; le ministère français de la Culture conserve notamment des cartes LL / Lévy Fils & Cie / Selecta datées du premier quart du XXe siècle.

Les deux timbres français collés directement sur le recto — une Semeuse de 5 centimes et une de 15 centimes — ainsi que l’oblitération renforcent une datation au début des années 1920. Le millésime « 21 » semble apparaître dans le cachet, bien qu’il ne soit pas suffisamment net pour en faire une lecture absolument certaine. Une circulation de cette carte vers 1921 est donc probable, sans pouvoir être affirmée sur le seul recto.

Description historique

La date du 2 avril 1810 imprimée sur la carte renvoie au mariage religieux de Napoléon Ier et de l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche. Le mariage civil avait été célébré la veille, le 1er avril. Le 2 avril, la cérémonie religieuse eut lieu dans le Salon carré du Louvre, transformé en chapelle pour l’occasion. Le couple impérial et sa suite traversèrent notamment la Grande Galerie du Louvre pour rejoindre le lieu de la cérémonie.

Le faste des équipages faisait partie intégrante de la mise en scène politique de cet événement. Le château de Versailles indique qu’un cortège d’environ quarante berlines participa aux cérémonies. La garde impériale ouvrait la marche, suivie des voitures de la cour ; venaient ensuite la voiture de l’Impératrice, participant vide au cortège conformément à une ancienne tradition, puis celle de l’Empereur, attelée à huit chevaux.

La préparation fut particulièrement impressionnante. En 1810, l’administration impériale ne disposait que de six voitures jugées susceptibles d’être employées pour la cérémonie. Elles furent restaurées tandis que trente-quatre nouvelles berlines de gala furent commandées à quatorze carrossiers parisiens et réalisées dans des délais extrêmement courts. Sept voitures ayant participé au mariage sont aujourd’hui conservées à Versailles. Les archives du château précisent qu’elles furent réalisées par les carrossiers Prelot, Devaux et Getting et qu’elles ne servirent que quelques fois, ce qui explique leur remarquable conservation.

Une précision est toutefois importante pour interpréter correctement la carte postale. La mention ancienne « Voiture du Mariage de Napoléon Ier » pourrait donner l’impression que le véhicule photographié est nécessairement la voiture exacte dans laquelle Napoléon et Marie-Louise prirent place. Les informations actuelles du château de Versailles sont plus prudentes : elles parlent des berlines du mariage de Napoléon Ier, c’est-à-dire de plusieurs voitures ayant participé au grand cortège de 1810. La carte ne fournit pas suffisamment d’éléments pour identifier avec certitude laquelle de ces berlines est représentée. Les personnages visibles à l’intérieur relèvent manifestement de la mise en scène muséographique et ne constituent donc pas une preuve de l’utilisation précise de ce véhicule par le couple impérial.

L’intérêt documentaire de cette carte est finalement double. Elle évoque l’un des événements dynastiques les plus fastueux du Premier Empire, mais elle renseigne également sur la façon dont cet héritage était présenté aux visiteurs de Versailles un siècle plus tard. Au début du XXe siècle, les cartes postales consacrées aux musées, aux châteaux et aux souvenirs napoléoniens contribuaient largement à diffuser cette histoire auprès du grand public. Avec sa légende bilingue, son décor théâtral et son édition par Lévy Fils & Cie – Selecta, cette vue illustre parfaitement cette rencontre entre tourisme patrimonial, mémoire napoléonienne et âge d’or de la carte postale.

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