Bordeaux#02

Bordeaux – Le Massilia devant les Terrasses des Quinconces

Description géographique

Le paquebot Massilia à Bordeaux est ici représenté amarré sur la rive gauche de la Garonne, devant les nouvelles Terrasses des Quinconces, dans une spectaculaire vue plongeante du port bordelais. La légende imprimée en haut de la carte ne laisse aucune ambiguïté sur le sujet : « Port Autonome de BORDEAUX – Le “MASSILIA” devant les nouvelles Terrasses des Quinconces ».

Le paquebot occupe une grande partie du premier plan. Sa coque sombre, ses superstructures blanches et surtout ses trois hautes cheminées donnent immédiatement la mesure de ce grand navire de ligne. Il est accosté parallèlement au quai, à proximité immédiate du centre de Bordeaux. Des grues portuaires métalliques se dressent derrière lui, tandis que plusieurs hangars occupent le terre-plein : la photographie rappelle ainsi que cette partie aujourd’hui très urbaine des quais constituait alors un espace portuaire en pleine activité.

Entre le navire et la chaussée se développent les « nouvelles Terrasses des Quinconces » mentionnées par la carte. Elles apparaissent comme un aménagement particulièrement soigné, avec des allées géométriques, de jeunes arbres régulièrement espacés, de petits parterres rectangulaires et de nombreux réverbères. Cet espace paysager forme une transition remarquable entre les installations industrielles du port et la ville. La place des Quinconces, qui couvre environ douze hectares, est directement ouverte vers la Garonne et constitue depuis le XIXe siècle l’un des grands espaces monumentaux de Bordeaux.

Sur la droite, une très large chaussée longe le fleuve. Plusieurs automobiles typiques de l’entre-deux-guerres y circulent. Des voies ferrées sont également visibles dans la chaussée, témoignage de l’importance des transports ferroviaires et portuaires sur les quais à cette époque. Les élégants candélabres à plusieurs branches et l’alignement des arbres accentuent l’aspect monumental de cette entrée du centre-ville.

L’arrière-plan permet de reconnaître plusieurs repères essentiels du paysage bordelais. Sur la gauche, le pont de pierre franchit la Garonne avec sa succession d’arches. Décidé sous Napoléon Ier et achevé au début du XIXe siècle, il fut ouvert en 1822 et resta pendant longtemps le principal lien fixe entre les deux rives de Bordeaux.

Plus loin, la haute flèche élancée qui domine les toits correspond à la flèche Saint-Michel, l’un des grands repères verticaux de la ville. Haute de 114 mètres, elle est distincte de la basilique Saint-Michel et marque fortement la silhouette de Bordeaux.

La carte a été artificiellement mise en couleurs : le ciel orangé, le bleu intense de la Garonne, le jaune des cheminées et les parterres très contrastés donnent à la scène une apparence presque picturale. Il s’agit d’une pratique fréquente dans l’édition de cartes postales de cette période et non d’une photographie couleur moderne. La signature « Tito » est visible en bas à droite. Un autre exemplaire retrouvé de cette même vue est attribué aux Éditions Tito, Bordeaux.

Le paysage actuel est profondément différent. Les activités de manutention lourde ont progressivement été transférées vers des sites situés plus en aval de l’estuaire, notamment Bassens, tandis que le terminal de Bordeaux-centre est désormais principalement consacré aux escales de navires de croisière.

Description historique

Une date du 26 janvier 1938 figure au verso de la carte et constitue un indice chronologique précieux. Elle ne doit toutefois pas être automatiquement considérée comme la date de la photographie elle-même. Une date manuscrite ou une oblitération postale permet généralement de déterminer quand un exemplaire a été écrit ou envoyé, mais l’image photographique peut avoir été réalisée plusieurs années auparavant.

Dans le cas présent, un autre exemplaire présentant exactement la même vue et la même légende du Massilia devant les nouvelles Terrasses des Quinconces porte une oblitération de Bordeaux datée du 22 avril 1936. Cela confirme que cette édition circulait déjà au printemps 1936. La photographie est donc nécessairement antérieure ou, au plus tard, contemporaine de cette date. L’exemplaire daté du 26 janvier 1938 montre que cette carte était encore utilisée environ deux ans plus tard.

L’ensemble de ces indices conduit ainsi à situer raisonnablement la prise de vue dans la première moitié des années 1930, probablement vers le milieu de la décennie, sans qu’il soit possible de lui attribuer actuellement une année précise.

Le Massilia était l’un des grands paquebots de la Compagnie de navigation Sud-Atlantique, reliant notamment Bordeaux à l’Amérique du Sud. Sa présence au cœur même de la ville illustre une caractéristique aujourd’hui frappante du Bordeaux de l’entre-deux-guerres : les grands navires océaniques remontaient la Gironde puis la Garonne et venaient accoster directement devant les façades et les places monumentales du centre.

La scène réunit ainsi trois fonctions de Bordeaux : ville monumentale, grand port de commerce et point de départ de lignes maritimes internationales. Les grues et les hangars rappellent le travail quotidien du port, tandis que l’aménagement paysager des Terrasses des Quinconces manifeste la volonté d’embellir les quais et de mieux intégrer les installations portuaires au tissu urbain.

Le Massilia devait acquérir quelques années plus tard une notoriété historique dépassant largement l’histoire maritime. Le 21 juin 1940, dans le contexte de la défaite française, il quitta Bordeaux avec notamment plusieurs responsables politiques et parlementaires qui souhaitaient rejoindre l’Afrique du Nord ; les sources officielles du ministère des Armées mentionnent 27 parlementaires à son bord. Cet épisode est toutefois postérieur de plus de deux ans à la date figurant sur votre carte : au moment représenté ici, le Massilia apparaît avant tout dans son rôle habituel de grand paquebot de ligne.

Cette carte possède donc un intérêt documentaire particulièrement fort. Elle ne montre pas seulement un navire célèbre : elle conserve l’image d’un secteur des quais bordelais où se côtoyaient, dans les années 1930, paquebots transatlantiques, grues, entrepôts, voies ferrées, automobiles et nouveaux aménagements paysagers. La date de 1938 figurant sur votre exemplaire, complétée par l’existence d’un exemplaire identique posté dès 1936, permet en outre de resserrer assez précisément la période de diffusion de cette vue.

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