Nancy#01

Sous les dentelles de fer forgé — Les grilles Jean Lamour encadrent la vie nancéienne

Série numérotée n° 8 — Éditeur : Maison des Magasins Réunis, Nancy — Datation estimée : vers 1900–1910

Depuis l’angle sud-ouest de la place Stanislas, l’objectif du photographe s’est posé là où le regard ne peut que s’arrêter : sur l’une des grilles monumentales de Jean Lamour, chef-d’œuvre de ferronnerie rococo qui referme la place comme un écrin. L’œil glisse d’abord sur ce foisonnement de volutes, de couronnes ducales, de fleurs et de cartouches dorés à l’or fin, avant de traverser l’arche et de découvrir, dans l’axe, la perspective ouverte de la place elle-même — les arcades de la rue Héré, le frémissement de la ville en fond, et les flèches élancées de l’église Saint-Épvre qui percent le ciel lorrain.

Au premier plan, la vie s’est immiscée dans l’image avec cette désinvolture propre aux photographies de rue de la Belle Époque. Trois hommes — dont l’un en tenue militaire ou d’uniforme — s’attardent près d’une bicyclette, emblème de modernité dans une France qui découvre alors avec enthousiasme la « petite reine ». Un peu plus loin sur la place, une silhouette féminine en longue robe sombre traverse le pavé, indifférente à l’objectif. Des bancs en fonte, dans le style des grilles elles-mêmes, longent les piliers, invitant à la pause. La phototypie en noir et blanc, au grain velouté caractéristique des productions de cette époque, restitue avec une précision remarquable les finesses du métal forgé.

La Maison des Magasins Réunis, éditrice de cette carte, était un grand magasin nancéien qui, comme ses homologues parisiens, s’était lancé dans la production de cartes postales pour diversifier ses activités et valoriser l’image de la ville — pratique courante à l’âge d’or de la carte postale illustrée, entre 1900 et 1914. Le numéro 8 de la série témoigne d’une collection sans doute étendue, dédiée aux monuments et aux sites emblématiques de Nancy, capitale lorraine dont la place Stanislas, classée depuis 1983 au patrimoine mondial de l’UNESCO, constituait alors — comme aujourd’hui — le fleuron incontesté.