Moulins – Place de la République et le bassin du jardin de la gare
Description géographique
Moulins Place de la République apparaît ici sous la forme d’un vaste jardin public organisé autour d’une grande pièce d’eau, dans un secteur situé à proximité immédiate de la gare de Moulins, dans le département de l’Allier. La légende imprimée au bas de la carte, « 2. Moulins. — Place de la République », permet une identification certaine du lieu. Moulins, aujourd’hui préfecture de l’Allier, s’étend principalement sur la rive droite de l’Allier, au cœur de l’ancienne province du Bourbonnais.
La photographie est dominée par un large bassin d’agrément occupant tout le premier plan. Sa forme arrondie est soulignée par une bordure minérale basse, elle-même protégée par une succession de petits arceaux métalliques. Plusieurs jets d’eau animent la pièce d’eau : un ensemble de fontaines est particulièrement visible sur la gauche, tandis qu’un autre jet, plus modeste, apparaît au premier plan. Au centre se trouve une petite construction couverte, probablement destinée à servir d’abri aux oiseaux d’eau. Cette interprétation est renforcée par d’autres cartes postales anciennes de Moulins qui désignent explicitement cet espace comme le « Bassin des Cygnes » du square de la place de la République.
Derrière le bassin s’étend un jardin abondamment planté. Les arbres, déjà de grande taille au moment de la prise de vue, forment une masse végétale particulièrement dense et procurent manifestement une importante zone d’ombre. Des bancs sont disposés le long des allées, ainsi que plusieurs réverbères élancés. À travers les frondaisons apparaissent quelques constructions, mais leur visibilité insuffisante ne permet pas de les identifier avec certitude. La composition de la photographie privilégie donc nettement le caractère paysager du lieu plutôt que son environnement bâti.
Cet espace était également connu comme le jardin de la gare. Une documentation locale consacrée à Moulins associe clairement le jardin de la gare à l’ancienne place de la République, située au départ de l’ancienne avenue de Chagny, aujourd’hui rue Marcellin-Desboutin. La Ville de Moulins précise par ailleurs que ce jardin triangulaire fut aménagé sous le Second Empire, au moment de l’ouverture de la gare, avec la participation de la Société d’horticulture.
Le site existe toujours, bien que son appellation ait changé. Il correspond aujourd’hui au square Général-Leclerc, situé face à la gare SNCF. La municipalité le décrit toujours comme un important espace vert du centre-ville, doté de grands arbres, de pelouses, de massifs fleuris et d’un bassin accueillant cygnes et canards. Le square actuel couvre environ 15 000 m². Cette permanence de la fonction paysagère est particulièrement intéressante : plus d’un siècle après la photographie, le secteur conserve donc son rôle de jardin public associé à la gare et à une pièce d’eau.
La carte restitue ainsi une image très paisible de Moulins. Aucun véhicule n’est visible et la présence humaine paraît quasiment inexistante. Le photographe a manifestement cherché à mettre en valeur les fontaines, la végétation et le caractère soigneusement aménagé du square. L’ensemble témoigne de l’importance accordée aux promenades publiques et aux jardins urbains dans les villes françaises à la charnière des XIXe et XXe siècles.
Description historique
Cette carte peut être située avec une assez bonne probabilité au début du XXe siècle, mais il convient de distinguer la date de la photographie, la date d’impression de la carte et celle de son utilisation postale.
Un premier indice est visible dans l’angle inférieur gauche : le monogramme semble correspondre à la marque « ND » ou « ND Phot. », utilisée par les établissements photographiques Neurdein. Une autre fiche consacrée à cette même vue de Moulins identifie d’ailleurs l’éditeur comme « ND. Phot. ». La Bibliothèque nationale de France confirme que les frères Étienne et Louis-Antonin Neurdein furent photographes, éditeurs et imprimeurs à Paris et qu’ils utilisèrent la marque « ND » à partir de 1885. L’entreprise Neurdein frères poursuivit son activité sous différentes raisons sociales jusqu’en 1918.
Un deuxième indice est fourni par le timbre vert de 5 centimes collé dans l’angle supérieur droit. Son dessin paraît correspondre à la Semeuse à fond plein de 5 c verte. Ce timbre fut mis en circulation en mars 1907 et retiré de la vente en 1921. L’oblitération visible sur la carte n’est malheureusement pas suffisamment lisible pour permettre d’en tirer une date précise.
La combinaison de ces deux éléments conduit donc à proposer une circulation postale probablement comprise entre 1907 et 1918, si l’identification de la marque ND est correcte et si le timbre a été utilisé pendant la période normale de diffusion de la carte. Cette fourchette ne date toutefois pas nécessairement la photographie elle-même : un cliché pouvait être édité ou réédité pendant plusieurs années avant l’envoi de l’exemplaire que nous voyons ici. Il reste donc plus prudent de situer la prise de vue dans les premières années du XXe siècle, sans lui attribuer une année précise.
Le jardin représenté était déjà ancien à cette époque. Les informations patrimoniales publiées par la Ville de Moulins indiquent en effet que le jardin de la gare avait été créé sous le Second Empire lors de l’aménagement du secteur ferroviaire. Au moment où cette carte postale fut photographiée, les plantations avaient donc eu plusieurs décennies pour se développer, ce qui explique la taille remarquable des arbres visibles derrière le bassin.
L’aménagement s’inscrit dans une évolution urbaine plus générale de Moulins. Ancienne capitale administrative du duché de Bourbonnais, la ville avait depuis longtemps développé des promenades plantées et des espaces d’agrément. La municipalité rappelle notamment qu’à partir de la fin du XVIIe siècle, la disparition progressive des anciennes fortifications avait permis l’aménagement de promenades et de boulevards plantés. Le jardin de la gare, créé bien plus tard, prolonge cette tradition tout en répondant à un nouvel enjeu du XIXe siècle : offrir aux voyageurs arrivant par le chemin de fer une entrée de ville agréable et représentative.
La présence du bassin, des fontaines, des bancs, des réverbères et des plantations soigneusement ordonnées illustre cette volonté d’embellissement. La gare n’est pas montrée directement : le sujet véritable de la carte est le jardin lui-même. D’autres éditions anciennes désignent d’ailleurs le lieu comme le « Bassin de la Place de la République » ou le « Bassin des Cygnes », preuve que la pièce d’eau constituait l’un des motifs pittoresques reconnus du Moulins de la Belle Époque.
Cette carte possède enfin un intérêt particulier parce que la fonction du lieu s’est maintenue. L’ancien jardin de la gare est devenu le square Général-Leclerc, mais la présence d’une pièce d’eau et d’oiseaux aquatiques demeure aujourd’hui une caractéristique du parc. La photographie ancienne permet ainsi de comparer directement deux états d’un même espace vert moulinois séparés par plus d’un siècle.