La Terrasse de Bethesda, cœur de pierre d’un parc en fleurs
Série n° 2016 — Carte colorisée, vers 1900–1910
La légende en rouge imprimée dans la marge inférieure — « 2016 — Terraces Central Park, New York » — identifie sans ambiguïté ce qui est sans doute le lieu le plus célèbre du parc conçu par Frederick Law Olmsted et Calvert Vaux entre 1858 et 1876 : la Terrasse de Bethesda (Bethesda Terrace), avec son escalier double à balustrades ouvragées et son passage voûté en grès brun (brownstone). La vue est prise en légère plongée, depuis les pelouses supérieures, ce qui permet d’embrasser d’un seul regard la symétrie rigoureuse de l’ensemble : deux rampes d’escaliers encadrant une arcade centrale, dont les arches en plein cintre abritent le fameux passage décoré de carreaux de Minton — détail que la colorisation ne restitue pas, mais que les visiteurs de l’époque connaissaient bien.
La colorisation à la main, caractéristique des procédés d’impression allemands ou américains du tournant du siècle — vraisemblablement une halftone lithography rehaussée au pochoir ou à l’aquarelle —, bagne la scène dans des tonalités douces et idéalisées : un ciel pommelé de nuages roses et bleus, un feuillage traité dans des verts profonds et chauds, des massifs de fleurs roses délicatement suggérés sur les flancs des escaliers. L’absence totale de promeneurs est notable et délibérée : le photographe — ou le retoucheur — a choisi de présenter l’architecture dans toute sa pureté formelle, sans l’animation humaine qui aurait distrait l’œil. C’est une image de représentation, presque une gravure, plutôt qu’un instantané de la vie du parc.
Le numéro de série 2016 et le style typographique de la légende orientent vers un éditeur américain important de la période Undivided Back ou des premières années du Divided Back (antérieur à 1907 pour les plus anciennes de ce format). La forme du carton, le cadrage soigné et la qualité de la colorisation rapprochent cette carte des productions de Rotograph Co. ou de Detroit Publishing Company, deux maisons qui exploitèrent massivement les vues de Central Park à cette époque. Sans mention explicite de l’éditeur au recto — le verso serait nécessaire pour trancher —, l’attribution reste ouverte, mais le soin apporté au rendu architectural plaide pour l’une de ces grandes maisons d’édition new-yorkaises ou michiganoises.