La Rue d’Allier et sa fontaine-colonne, cœur commerçant de Moulins
Éditeur : Mathiaux Frères, Moulins — datation estimée vers 1905-1914
La carte nous place au début de la rue d’Allier, qui s’ouvre en perspective vers la place du même nom. De part et d’autre, l’alignement bourbonnais classique : façades à lucarnes, hautes souches de cheminées, toits d’ardoise pentus. À gauche, l’angle de rue est occupé par une maison de modes aux auvents rayés, voisine d’un commerce de « Fourrures, Tapis » et d’une teinturerie-nouveautés ; à droite, un immeuble plus cossu affiche en lettres peintes « Nouveautés, Robes, Costumes, Lingerie, Bonneterie » et un salon de coiffure pour hommes, sous l’enseigne « À la Place d’Allier ». Une dame en robe sombre et grand chapeau à plumes, accompagnée de deux jeunes enfants, traverse au premier plan : la silhouette est typique de la mode 1905-1910, avant l’allongement et l’allègement des lignes qui suivront. Un homme en costume sombre se dirige vers le monument central.
Ce monument, justement, est la fontaine dite « de Saincy ». Elle fut érigée en 1784 par M. de Saincy, propriétaire d’un hôtel particulier voisin, qui voulut une fontaine inhabituelle par sa taille, formée d’une colonne surmontée à l’origine d’une fleur de lys. Démontée en 1838, elle fut transférée quelques années plus tard place d’Allier, où sa colonne fut reconstruite mais avec une hauteur réduite, et la fleur de lys royale, politiquement compromettante après les changements de régime, fut alors remplacée par une simple boule de fonte. C’est précisément cette boule qu’on distingue ici, surmontée d’un ornement étoilé dont je ne peux confirmer avec certitude la nature exacte (girouette ou ornement ajouté lors d’une restauration ultérieure) — une vérification sur place ou via une source iconographique datée permettrait de trancher.
Sur le plan technique, il s’agit d’une carte-photo ou phototypie en noir et blanc non colorisée, au tirage fin typique des éditions de studios provinciaux du début du siècle. L’éditeur, Mathiaux Frères, était un photographe-éditeur actif à Moulins, par ailleurs propriétaire des « Nouvelles Galeries », grand magasin de nouveautés de la ville — ce qui invite à se demander, sans certitude absolue, si la boutique de droite affichant « Nouveautés, Robes, Costumes » sur la carte n’est pas justement cette enseigne, auquel cas la carte aurait aussi valeur de réclame commerciale. Le timbre, une Semeuse camée verte à 5 centimes, et le cachet d’oblitération partiellement lisible « Moulins – Allier » confirment un affranchissement et un envoi cohérents avec cette période, sans toutefois permettre une datation au jour près faute de lisibilité complète du millésime.