Marseille#01

Carte postale ancienne Marseille : la passe du Vieux-Port

Description géographique :

Cette carte postale ancienne Marseille montre la passe du Vieux-Port, c’est-à-dire l’étroit chenal par lequel les navires entrent et sortent du port historique de la ville. La légende imprimée au bas de la carte l’indique sans ambiguïté : « 194. MARSEILLE. – La passe du Vieux Port. – LL », complétée par la mention « Selecta » en bas à droite. La vue est prise en hauteur, probablement depuis les hauteurs du fort Saint-Nicolas ou d’un point d’observation situé sur la rive sud, ce qui permet d’embrasser toute la largeur de l’entrée du port.

Sur la gauche de l’image se dresse un grand bâtiment de plusieurs étages, de style Second Empire, isolé sur un promontoire verdoyant entouré d’un mur d’enceinte et d’allées tracées dans la pelouse. Son architecture massive, ses rangées régulières de fenêtres et sa position dominante au-dessus de la mer correspondent aux caractéristiques du palais du Pharo, résidence édifiée à partir de 1858 pour l’impératrice Eugénie sur le promontoire de la Teste-More, à l’entrée du Vieux-Port. Cette identification reste une hypothèse fondée sur la position géographique et le style architectural, aucune inscription n’étant lisible sur le bâtiment lui-même.

Sur la droite, une imposante construction fortifiée occupe toute la partie droite de la carte : remparts de pierre, courtines percées de meurtrières, terrasses successives et, au sommet, une tour ronde coiffée d’une coupole. Cet ensemble correspond à la description du fort Saint-Jean, dont la célèbre tour ronde du Fanal, édifiée au XVIIe siècle, domine encore aujourd’hui l’entrée du port. Le phare visible tout à fait à droite, en arrière-plan, sur la jetée, renforce cette lecture : il s’agit vraisemblablement de la jetée du Grand Phare ou d’un ouvrage similaire signalant la passe aux navires.

Au centre de la composition, un vapeur à deux mâts et une cheminée unique s’engage dans la passe, laissant derrière lui un sillage bien marqué. Plus loin, à l’arrière-plan, un second bâtiment à vapeur, plus grand, longe la côte au large. Plusieurs petites embarcations à voile latine ou à voile triangulaire, ainsi que quelques barques à rames, animent le plan d’eau, témoignant d’une activité maritime mixte, à la fois commerciale et artisanale, typique du Vieux-Port marseillais au début du XXe siècle.

Description historique :

Sur le plan historique, plusieurs indices convergent pour proposer une datation. La mention « LL » imprimée dans la légende renvoie à la maison d’édition Léon et Lévy, puis Lévy et fils, dont la marque déposée en 1901 identifie une abondante production de cartes postales photographiques dans toute la France. Après la fusion avec les frères Neurdein consécutive au décès d’Isaac Lévy en 1913, la société devient « Lévy et Neurdein réunis », marque qui perdure jusqu’en 1932. La présence du seul sigle « LL », sans la mention explicite « Lévy et Neurdein réunis » au recto, suggère une impression antérieure à cette fusion, donc probablement avant 1913 — mais cette hypothèse ne peut être confirmée avec certitude sans le verso de la carte, qui pourrait porter un tampon postal ou une mention d’éditeur complémentaire.

La mention « Selecta » associée à la carte correspond, d’après les usages observés sur d’autres cartes de la même maison d’édition, à une marque de diffusion locale ou à une série commerciale associée à un dépositaire régional, plutôt qu’à un second éditeur indépendant. Cet élément ne modifie pas la datation mais confirme que la carte a été commercialisée localement, probablement par un libraire ou un marchand de journaux de Marseille.

Le type d’impression – photographie en tons sépia, sans retouche colorée, avec une bordure blanche discrète – correspond à la production courante des cartes postales dites « réelles » du début du XXe siècle, avant la généralisation des cartes en couleurs des années 1920-1930. L’absence de tout véhicule automobile visible sur la carte, alors que le point de vue aurait pu en montrer sur les quais si l’image avait été prise plus tardivement, constitue un indice supplémentaire, bien que faible en l’absence de tout premier plan urbain, en faveur d’une datation antérieure à la généralisation de l’automobile à Marseille, soit avant les années 1910-1920.

En l’absence du verso de la carte, aucune information sur l’expéditeur, le destinataire, le tampon postal ou le timbre ne peut être exploitée : la datation proposée, entre 1900 et 1913 environ, reste donc une hypothèse de travail fondée sur la marque d’éditeur et le style photographique, et non une certitude documentaire. Une vérification complémentaire auprès des archives municipales de Marseille ou d’une base de données spécialisée en cartes postales anciennes permettrait d’affiner cette fourchette.

Sur le plan urbain, cette vue témoigne de l’importance de la passe du Vieux-Port comme point de contrôle et de surveillance de la navigation marseillaise avant la construction des grands bassins modernes de la Joliette, situés plus au nord et destinés au trafic commercial de gros tonnage. Le Vieux-Port lui-même restait, à cette époque, le cœur battant de la ville, entre pêche, cabotage et débuts du tourisme balnéaire, avant que son rôle commercial ne décline progressivement au profit des nouveaux bassins portuaires du XXe siècle. Cette carte postale ancienne Marseille constitue à ce titre un témoignage précieux d’un paysage portuaire aujourd’hui largement transformé.