NewYork#05

L’Umbrella Tree, vedette végétale de Prospect Park

White border card — Vers 1915–1930

Au premier regard, cette carte postale colorisée capte l’œil non par un monument ou une foule animée, mais par un arbre — un arbre extraordinaire dont les branches maîtresses s’étalent en voûte horizontale au-dessus d’une allée sinueuse, formant ce dais végétal qui lui a valu son surnom populaire : l’Umbrella Tree, le « Parapluie ». Le tronc massif et sombre, aux contorsions expressives, se divise à faible hauteur en plusieurs bras puissants qui partent à l’assaut de l’espace latéral plutôt que vertical — un port remarquable, probablement celui d’un chêne anglais (Quercus robur) de grande ancienneté ou d’un orme à port pleureur, dont les spécimens exceptionnels étaient volontiers célébrés comme des curiosités naturelles dignes d’être immortalisées sur carton.

Le cadrage est soigné : le photographe a choisi une légère surélévation pour englober à la fois le gazon ondulé au premier plan, l’allée qui s’incurve sous le couvert de l’arbre, et, à l’arrière, la clôture métallique caractéristique des parcs de l’époque ainsi qu’un plan d’eau discret. Un massif fleuri — aux tons orangés et rouges rehaussés par la colorisation à la main — anime le flanc gauche de la composition. Le ciel bleu clair, parsemé de nuages blancs brossés avec une certaine liberté, trahit la retouche coloristique typique des éditeurs américains de l’ère Pictorial ou White Border. La légende imprimée en caractères sérifs sous l’image, sobre et dépourvue de numéro de série visible, ancre géographiquement la scène : Umbrella Tree, Prospect Park, Brooklyn, N.Y.

Prospect Park, conçu entre 1865 et 1873 par Frederick Law Olmsted et Calvert Vaux — les mêmes architectes que Central Park à Manhattan —, fut pensé comme le « poumon vert » de Brooklyn, alors ville indépendante. Olmsted revendiquait d’ailleurs Prospect Park comme sa réalisation la plus aboutie, supérieure selon lui à Central Park. La présence de cet arbre remarquable dans le catalogue des cartes postales du parc illustre bien la fascination de l’époque édouardienne et progressiste pour les curiosités naturelles : on photographiait un arbre diforme ou majestueux comme on photographiait une cascade ou une statue. Le format white border (bordure blanche caractéristique visible sur les marges jaunies) et la colorisation lithographique placent cette carte dans la production courante américaine des années 1915–1930, vraisemblablement issue d’un éditeur régional new-yorkais ou d’une maison comme Curt Teich (Chicago) qui produisait en grande série pour des revendeurs locaux.