The Colonade, Prospect Park, Brooklyn, N. Y.
Carte postale américaine, vers 1905–1915 — colorisation appliquée sur impression demi-teinte (halftone), format « divided back »
Cette carte représente le Peristyle de Prospect Park, à Brooklyn — bâtiment que les contemporains désignaient indifféremment sous les noms de Colonnade, de Grecian Shelter ou encore de Croquet Shelter, selon les usages et les éditeurs de cartes postales. L’édifice, construit en 1905 par le cabinet McKim, Mead & White, se compose d’une plate-forme surélevée de deux marches, couverte par une colonnade rectangulaire de vingt-huit colonnes corinthiennes en marbre, chacune posée sur un pilier carré, le tout coiffé d’un entablement en terre cuite. Il s’agit, selon les spécialistes de l’architecture new-yorkaise, du plus accompli des péristyles néoclassiques de la ville : proportions parfaites, espacement rigoureux des colonnes, détails soignés et voûtement remarquable.
Sur l’image, la perspective en diagonale met magnifiquement en valeur la rangée de colonnes blanches qui s’enfonce dans la profondeur du cadre, contrastant avec la masse sombre des frondaisons environnantes. L’allée sablée qui serpente au premier plan, la pelouse soigneusement entretenue et le massif de fleurs roses et blanches sur la droite témoignent du soin paysager apporté à cette portion du parc — un soin caractéristique du style Beaux-Arts que McKim, Mead & White est venu superposer, à partir des années 1890, au dessin pastoral original d’Olmsted et Vaux. Cette tension entre le naturalisme champêtre voulu par les concepteurs du parc et le formalisme néoclassique de leurs successeurs est d’ailleurs un trait caractéristique de l’évolution architecturale de Prospect Park au tournant du siècle.
Sur le plan technique, la carte présente une colorisation assez fine, probablement appliquée à la main ou au pochoir sur un tirage en demi-teinte (halftone), procédé alors couramment utilisé par les grands éditeurs américains de cartes touristiques. Le ciel légèrement dégradé, les nuances de vert dans le feuillage et le rosé discret des massifs floraux relèvent d’un travail de coloriste plutôt soigné, destiné à séduire le touriste ou le résident désireux d’envoyer une image flatteuse de son quartier. La légende en lettres capitales noires, en bas de carte, suit la formule standard des vues de parcs urbains de l’époque : nom du site, parc, ville, État.