Le chasseur et les demoiselles — une rencontre galante sur les chemins d’Auvergne
Série « Noste Ouvergne » (Notre Auvergne), carte n° 9 — Début du XXe siècle (vers 1900-1910)
La scène se déroule sur un chemin de campagne, devant un décor peint représentant un paysage vallonné typique de l’Auvergne, avec sa route sinueuse bordée de collines et de poteaux télégraphiques. Trois personnages posent en studio dans une mise en scène pleine de malice. À gauche, un jeune homme coiffé d’une casquette, fusil en bandoulière, joue le rôle du chasseur. Il se tient face à deux jeunes femmes vêtues de la tenue traditionnelle auvergnate : grands châles à franges croisés sur la poitrine, coiffes rondes ornées de rubans clairs, tabliers et jupes longues. Chacune porte un panier d’osier au bras, comme si elles revenaient du marché. L’une d’elles tient également un parapluie fermé — accessoire indispensable sous le ciel capricieux des montagnes auvergnates.
Tout le charme de cette carte tient dans la légende bilingue inscrite en bas de l’image. En occitan auvergnat, on lit : « N ye pas de lèbres pereti, li drollès ? » et sa traduction en français : « Y a-t-il des lièvres par ici, Mesdemoiselles ? » Le chasseur, sous prétexte de s’informer sur le gibier, adresse en réalité un compliment détourné aux deux jeunes femmes. Le mot « drollès » (ou « dròllas »), typique du parler auvergnat, désigne affectueusement les jeunes filles. Ce petit jeu de séduction rurale, à la fois innocent et espiègle, était un thème récurrent dans les cartes postales folkloriques de l’époque, qui aimaient mettre en scène la vie des campagnes avec une touche d’humour.
Cette carte appartient à la série « Noste Ouvergne », une collection très populaire au début du XXe siècle, qui célébrait les costumes, les coutumes et la langue de la région à travers des saynètes photographiées en studio. Le décor peint en toile de fond, les poses un peu théâtrales et l’éclairage artificiel sont caractéristiques de ce type de production éditoriale, à mi-chemin entre le document ethnographique et la carte humoristique. Ces séries ont contribué à diffuser une image pittoresque — et parfois idéalisée — de la vie auvergnate, à une époque où l’exode rural transformait profondément les campagnes françaises.