Lyon#01

Lyon en belle saison — La Place et le Cours Morand dans l’animation du tournant du siècle

Série Neurdein Frères (ND Phot) — N° 1370 — Carte panoramique, vers 1900–1905

Voici une carte qui ne se contente pas de montrer Lyon : elle le donne à vivre. Le format panoramique, caractéristique des productions soignées de la maison Neurdein Frères — l’un des grands éditeurs photographiques parisiens de la Belle Époque, dont le sigle « ND Phot » garantissait alors une qualité irréprochable — déploie en grand angle la place et le Cours Morand, dans le 3ᵉ arrondissement, à une époque où ce quartier incarnait la modernité lyonnaise.

Au centre de la composition trône la fontaine de la place Morand, surmontée d’une figure allégorique élancée : il s’agit de la fontaine érigée en 1857, œuvre du sculpteur lyonnais Joseph Fabisch, mieux connu pour avoir réalisé la Vierge dorée de Fourvière. Tout autour, Lyon s’anime d’une vie qui nous est à la fois étrangère et familière. Des silhouettes en chapeaux hauts-de-forme et en redingotes côtoient des dames en longues robes sombres à taille serrée, tenant ombrelles ou sacs à main. Un cycliste traverse le cadre avec son grand vélo, symbole de modernité à une époque où la bicyclette venait tout juste de conquérir les classes moyennes. Sur la gauche, on devine la présence d’un tramway hippomobile ou électrique — les rails sont bien visibles dans le pavé — ainsi qu’un kiosque à journaux ou à confiseries, flanqué de colonnes Morris couvertes d’affiches publicitaires. On distingue notamment les réclames pour le Chocolat Menier et les Pastilles Vichy, deux marques phares de l’époque, ainsi qu’une enseigne « Vêtements » sur la façade à gauche — autant de petits témoignages de la vie commerciale du temps.

Les immeubles haussmanniens qui bordent la place, avec leurs façades régulières et leurs cheminées en enfilade sur les toits, témoignent des grandes transformations urbanistiques que Lyon a connues dans la seconde moitié du XIXᵉ siècle, dans le sillage des travaux du préfet Vaïsse — le « Haussmann lyonnais ». Les alignements de platanes et de marronniers qui ombragent le cours rappellent que cet espace, initialement conçu comme une promenade bourgeoise au XVIIIᵉ siècle, avait pleinement trouvé sa vocation de lieu de vie et de passage. La phototypie en noir et blanc, parfaitement exposée, restitue avec une netteté saisissante la texture des pavés, le feuillage dense des arbres, et jusqu’aux expressions furtives des passants pris sur le vif — ou presque, car la durée d’exposition encore longue à cette époque explique certaines silhouettes légèrement fantomatiques.