Murols suspendu entre ciel et volcans — la vue du château
Série « L’Auvergne », éditeur G. D’O., n° 2 — phototypie argentique, vers 1920–1935
Du haut des remparts du château médiéval de Murols, le photographe de la maison G. D’O. a capturé l’un de ces panoramas dont l’Auvergne a le secret : un village ramassé sur lui-même, cerné de forêts de résineux sombres, et derrière lui, à perte de vue, l’immensité douce et mélancolique des plateaux volcaniques. Le bourg de Murols — orthographié ici « Murols » selon l’usage local, là où l’état civil écrit « Murol » — s’étale dans la partie basse de l’image, ses toits de tuiles et d’ardoises serrés autour de l’église dont on distingue le clocher à gauche. Les maisons de pierre sombre, typiques du bâti puydômois de haute altitude, forment un tissu dense et cohérent, presque minéral, comme s’il avait poussé naturellement du sol volcanique.
À l’horizon, bien identifié par la légende manuscrite imprimée en bas de carte, s’étend le plateau de Bessolles, cette large ondulation herbeuse qui sépare la vallée de la Couze Chambon du massif du Sancy. Le ciel tourmenté, avec ses nuages lourds accrochés aux crêtes, rappelle le climat rude de cette Auvergne d’altitude — on est ici à environ 830 mètres — où l’été même garde une fraîcheur qui tranchait heureusement avec la canicule des villes. C’est d’ailleurs pour cette raison que Murol et ses environs, proches du lac Chambon et de la chaîne des Puys, commençaient à attirer, à cette époque, les premiers estivants et touristes thermaux de la région clermontoise.
La carte appartient à la série numérotée « L’Auvergne » de l’éditeur G. D’O., vraisemblablement Georges D’Orival ou une maison d’édition régionale utilisant ces initiales, active dans l’entre-deux-guerres. La photographie en noir et blanc, tirée en phototypie de qualité soignée, présente une belle profondeur de champ et une lumière diffuse qui magnifie le relief sans le durcir. L’absence de véhicules dans les rues et la tranquillité apparente du village suggèrent une prise de vue matinale, peut-être en début de saison touristique, quand Murol retrouvait doucement la vie après les longs mois d’hiver.