Neuilly sur Seine#01

Neuilly-sur-Seine — Le Château de Madrid et son chêne légendaire

Série éditeur A. C. Paris, n° 3 — Datation estimée : 1900–1915

Au premier plan de cette carte sombre et hivernale se dresse un chêne aux formes tourmentées, dont les branches dénudées s’entrelacent comme une écriture noire sur le ciel pâle. Ce n’est pas un arbre ordinaire : la légende locale en faisait le « chêne de François Ier », un vestige supposé de la forêt de Boulogne où le roi chassait au XVIe siècle. Qu’il soit authentique ou mythifié, sa présence au pied du château lui confère une aura romanesque que le photographe a su exploiter — l’arbre occupe délibérément la moitié de la composition, presque plus imposant que le bâtiment lui-même.

Derrière lui se révèle la façade du Château de Madrid, édifice dont l’histoire est aussi singulière que le nom. Construit sous François Ier à partir de 1528, dans le Bois de Boulogne alors rattaché à Neuilly, il s’inspirait — dit-on — du palais madrilène où le roi avait été retenu prisonnier par Charles Quint après la défaite de Pavie en 1525. La façade visible sur la carte est toutefois une reconstruction du XIXe siècle : le château original, longtemps laissé à l’abandon après la Révolution, fut démoli en 1792, et ce qui apparaît ici est en réalité une réédification ornementale érigée dans l’esprit Renaissance — avec sa niche à statue équestre, ses pilastres, ses médaillons et son campanile à lanternon. On distingue nettement, dans la loggia centrale, une statue équestre vraisemblablement censée représenter François Ier lui-même, élément iconographique qui ancre le lieu dans sa mémoire royale.

Sur le plan technique, la carte est éditée par A. C. Paris, monogramme caractéristique de la maison Armand Collignon, éditeur parisien actif au tournant du XXe siècle. Le tirage en phototypie noire confère à l’image ce grain légèrement velouté et cette gamme de gris profonds typiques du procédé. La prise de vue hivernale — branches nues, lumière froide, silhouette sombre d’un passant en fond à gauche — accentue le caractère mélancolique de la scène et place involontairement le chêne au cœur du récit visuel. La numérotation « 3 » suggère une série consacrée à Neuilly-sur-Seine, dont plusieurs vues devaient couvrir les monuments et sites notables de la commune.