NewYork#09

Carte postale ancienne Plaza New York : l’hôtel et la statue de Sherman

Description géographique :

Cette carte postale ancienne Plaza New York offre une vue en contre-plongée sur l’imposant Hotel Plaza, à l’angle de la Cinquième Avenue et de Central Park South, avec au premier plan le monument équestre dédié au général William Tecumseh Sherman. Le bâtiment, identifié par la légende manuscrite en lettres rouges « Hotel Plaza, New York » dans l’angle supérieur gauche, se dresse sur dix-huit niveaux dans un style architectural inspiré de la Renaissance française, caractéristique des grands palaces new-yorkais du début du XXe siècle. La façade en pierre claire et brique blanche présente une composition très travaillée : un rez-de-chaussée à arcades et colonnades, plusieurs registres de fenêtres alignées avec régularité, puis un couronnement spectaculaire fait de toits en mansarde de cuivre verdi, de lucarnes à frontons sculptés, de tourelles d’angle et de souches de cheminées ouvragées. Un mât porte-drapeau, dressé au sommet de la travée d’angle, arbore le drapeau américain, seul élément coloré vif se détachant sur un ciel bleu traité en aplats et nuages stylisés, typique du rendu pictural appliqué aux cartes postales teintées à la main de cette période.

Au premier plan, le monument équestre représente un cavalier en uniforme militaire précédé d’une figure ailée tenant une palme, disposition qui correspond à l’iconographie bien connue du général Sherman guidé par une allégorie de la Victoire. La statue, montée sur un socle de granit, occupe le terre-plein central d’une place semi-circulaire bordée d’arbres encore peu feuillus, suggérant une prise de vue au début du printemps ou à la fin de l’automne. Des lampadaires ornementaux, un renfoncement gazonné et une bordure de pavés délimitent cet espace public, tandis qu’à l’arrière-plan, sur la droite, on distingue les façades plus basses d’immeubles commerciaux avec auvents, ainsi que la silhouette d’un édifice à l’architecture plus simple, probablement un bâtiment annexe ou un commerce donnant sur l’avenue. Au sol, la chaussée large et non asphaltée en apparence, de teinte claire, occupe toute la partie inférieure de la carte ; aucun véhicule n’y est identifiable avec certitude, la résolution de l’image ne permettant pas de distinguer s’il s’agit de fiacres, de tramways ou d’automobiles anciennes. De petites silhouettes de piétons sont visibles près de l’entrée à colonnades de l’hôtel, mais leur tenue vestimentaire n’est pas discernable avec assez de précision pour en tirer des conclusions fiables.

Le numéro « 767 » imprimé en bas à gauche correspond vraisemblablement à un numéro de série ou de catalogue attribué par l’éditeur de la carte, pratique courante chez les éditeurs de cartes postales illustrées du début du siècle. Un second monogramme, visible en bas à droite, correspond probablement à la marque de l’éditeur ou de l’imprimeur, mais sa petite taille et son style stylisé empêchent une identification certaine à partir de la seule image.

Description historique :

La mention imprimée « Copyright by Irving Underhill, N. Y. » au bas de la carte constitue un indice fiable et directement observable : Irving Underhill (1872-1960) fut l’un des photographes commerciaux les plus actifs de New York durant la première moitié du XXe siècle, spécialisé dans les vues urbaines destinées à être reproduites sous forme de cartes postales colorisées pour de nombreux éditeurs. Ce point est documenté par des sources externes consacrées à sa carrière, et non déductible de l’image seule ; il permet néanmoins de resituer cette carte postale ancienne Plaza New York dans la production photographique new-yorkaise du début du siècle, puisque Underhill a fourni des clichés de monuments comparables (jardin botanique en 1905, Belmont Hotel en 1906, Singer Building en 1909, carrefour de la 34e rue en 1910) qui témoignent d’une activité soutenue sur cette période précise.

Le bâtiment représenté ne peut correspondre qu’au Plaza actuel, ouvert le 1er octobre 1907 après remplacement d’un premier hôtel du même nom : cette date constitue donc une borne chronologique certaine, la carte ne pouvant avoir été produite avant cette ouverture. Le monument équestre du général Sherman, quant à lui, fut inauguré en 1903, quelques années avant l’achèvement de l’hôtel actuel ; sa présence conjointe avec l’hôtel dans son état définitif confirme que la scène est postérieure à 1907. En l’absence de tampon postal ou de mention manuscrite au verso — non fourni ici —, il est impossible de préciser une année exacte à partir d’un cachet de la poste ; cette limite doit être signalée explicitement plutôt que comblée par une supposition.

Plusieurs indices stylistiques permettent toutefois de formuler une hypothèse de datation raisonnable, avec un niveau de confiance modéré. La technique de colorisation à la main appliquée sur un fond photographique en demi-teintes, associée à une légende typographique en lettres capitales rouges directement surimprimée sur le ciel, correspond à des conventions graphiques très répandues chez les éditeurs de cartes postales illustrées entre 1905 et 1915 environ, avant la généralisation progressive du procédé dit « à bordure blanche » qui deviendra dominant à partir du milieu des années 1910 jusque dans les années 1930. La carte présentée ici ne montre pas de bordure blanche autour de l’image, ce qui tend à situer sa production avant cette évolution, plutôt dans la décennie immédiatement suivant l’ouverture de l’hôtel, soit approximativement entre 1908 et 1915. Cette fourchette reste une hypothèse fondée sur des conventions d’édition observées, non une certitude.

Sur le plan de la coloration elle-même, la statue équestre apparaît teintée dans des tons sombres, verdâtres et bronze plutôt que dorés, alors que le groupe sculpté par Augustus Saint-Gaudens fut à l’origine doré à la feuille. Il convient de ne pas interpréter ce choix chromatique comme une preuve que la dorure aurait disparu à la date de la prise de vue : les artistes chargés de la mise en couleur des cartes postales de cette époque appliquaient souvent des teintes conventionnelles ou approximatives, sans rapport direct avec l’aspect réel du monument photographié. Il s’agit donc d’une observation purement visuelle, à ne pas confondre avec un fait historique vérifié sur l’état de la statue.

Sur le plan de l’usage, une carte de ce type, représentant un hôtel de luxe fréquenté par une clientèle new-yorkaise et internationale aisée, s’inscrit dans le marché florissant des cartes postales touristiques et de prestige du début du XXe siècle, souvent vendues aux visiteurs comme souvenirs de séjour ou envoyées à des proches pour illustrer un voyage à New York. Cette fonction commerciale et touristique reste une hypothèse cohérente avec le sujet représenté, mais ne peut être confirmée sans les informations du verso, notamment un texte manuscrit ou un tampon postal qui préciserait l’usage réel fait de cet exemplaire. Une vérification complémentaire auprès d’archives spécialisées en cartes postales américaines ou de bases de données d’éditeurs pourrait permettre d’affiner l’identification du monogramme visible en bas à droite et, par extension, la datation proposée ici.