Orléans#06

Orléans – Place du Martroi et rue de la République

Description géographique

La Place du Martroi à Orléans apparaît ici dans une vue panoramique prise en hauteur, avec au premier plan la grande statue équestre de Jeanne d’Arc et, dans son prolongement, la rue de la République. La légende imprimée en haut de la carte ne laisse guère de doute sur l’identification : « 815 – Orléans – Place du Martroi – Rue de la République ». La photographie est orientée vers le nord de la ville, dans l’axe de cette grande artère qui relie directement la place centrale à la gare d’Orléans.

La composition de l’image met remarquablement en évidence le rôle de la place du Martroi comme nœud urbain. Le monument de Jeanne d’Arc occupe une position dominante au milieu d’un vaste espace dégagé. La statue équestre repose sur un imposant socle entouré d’une grille métallique. Plusieurs candélabres décoratifs sont répartis autour du monument et sur la place, témoignant du soin apporté à l’aménagement de cet espace représentatif du centre-ville.

Au-delà de la statue s’ouvre la rue de la République. Les deux grands immeubles qui encadrent son entrée forment une véritable porte monumentale. Leur architecture éclectique, caractéristique de la fin du XIXe siècle, utilise abondamment la pierre, les balcons, les corniches, les grandes baies et surtout les hautes toitures d’ardoise. Les angles donnant sur la place sont traités avec une monumentalité particulière, notamment par des rotondes et des toitures bombées qui accentuent la perspective de la rue. Cette disposition n’est pas fortuite : les documents d’urbanisme d’Orléans indiquent que la rue de la République fut conçue comme une percée de type haussmannien, large de 17 mètres, avec des intersections mises en valeur par des pans coupés ou des rotondes surmontées de dômes.

La perspective est très régulière. Les façades forment deux fronts bâtis continus qui conduisent le regard vers le fond de la rue. Cette organisation contraste avec certains bâtiments plus bas encore visibles sur les côtés de la place, notamment à gauche de la photographie. La carte conserve ainsi l’image d’une ville où les grandes transformations urbanistiques de la fin du XIXe siècle côtoient encore un tissu bâti plus ancien.

Un autre élément particulièrement intéressant est le réseau de tramways. Plusieurs rails sont parfaitement visibles au premier plan. Ils décrivent des courbes sur la place avant de rejoindre les différentes rues. On distingue également des poteaux et des fils aériens correspondant à l’alimentation électrique. Aucun tramway n’est toutefois présent exactement au moment de la prise de vue. La documentation municipale indique que le premier tramway orléanais avait été inauguré en 1877 et que le réseau fut électrifié en 1899. Il compta jusqu’à quatre lignes se croisant place du Martroi en 1909.

La circulation reste extrêmement calme. De nombreux piétons traversent librement la chaussée et la place, tandis qu’aucune automobile n’est clairement identifiable. Des véhicules hippomobiles semblent encore stationner ou circuler près des commerces. Les rez-de-chaussée des immeubles sont largement occupés par des boutiques dotées de devantures et de stores, ce qui souligne déjà la vocation commerciale de la rue de la République.

Cette carte offre donc une excellente lecture de la structure du centre d’Orléans au début du XXe siècle : une grande place civique dominée par Jeanne d’Arc, un réseau de tramways convergent et une prestigieuse artère commerçante conduisant vers la gare.

Description historique

La vue a probablement été réalisée vers 1905-1914, estimation qui doit rester prudente en l’absence d’une date postale ou d’une indication d’éditeur permettant une datation plus précise.

Un premier indice important est la rue de la République elle-même. Sa création appartient aux grands travaux d’aménagement entrepris à Orléans à la fin du XIXe siècle. Avec le développement du chemin de fer, la municipalité souhaitait établir une liaison monumentale entre la gare et le cœur historique de la ville. La rue fut percée entre 1894 et 1905 sur une longueur d’environ 412 mètres. Elle fut conçue non seulement comme un axe de circulation, mais aussi comme une rue commerçante destinée à offrir aux voyageurs arrivant par le train une entrée prestigieuse dans Orléans.

La carte paraît montrer cet aménagement une fois pratiquement achevé. Les grands immeubles bordant l’artère sont déjà construits et donnent à l’ensemble son caractère homogène. La gare elle-même avait reçu vers 1902 une nouvelle façade permettant un accès direct à la rue de la République nouvellement percée.

Le réseau de rails apporte un autre indice chronologique. Orléans disposait initialement d’un tramway hippomobile, ouvert en 1877, mais celui-ci fut électrifié à partir de 1899. La présence visible des installations électriques place donc naturellement la scène au tournant du XXe siècle ou après celui-ci. En 1909, quatre lignes se croisaient déjà place du Martroi. Les vêtements des passants, la présence encore importante de la traction hippomobile et l’absence apparente d’automobiles abondantes correspondent également assez bien aux années précédant la Première Guerre mondiale, sans permettre à eux seuls une datation certaine.

La statue occupant le premier plan est beaucoup plus ancienne. Il s’agit de Jeanne d’Arc rendant grâce, œuvre du sculpteur Denis Foyatier. Une première statue de Jeanne d’Arc, réalisée par Edme Gois, avait été installée dans le secteur en 1804. Jugée par la suite trop modeste, elle fut remplacée par la monumentale statue équestre de Foyatier, inaugurée le 8 mai 1855, à l’occasion des fêtes johanniques.

Le ministère de la Culture précise que Foyatier avait reçu la commande du monument en 1846 et que la statue fut fondue en 1853 par les Fonderies de Saint-Denis, notamment grâce au métal de neuf canons fourni par le ministère de la Guerre. Elle fut d’abord inaugurée sur un socle provisoire avant l’achèvement de l’ensemble monumental. Les reliefs illustrant différents épisodes de la vie de Jeanne d’Arc furent réalisés par Vital-Dubray et installés en deux étapes, en 1860 et 1861.

La place du Martroi possède elle-même une histoire urbaine bien plus ancienne. Située au nord de l’enceinte médiévale de la ville connue par Jeanne d’Arc, elle fut progressivement transformée pour devenir l’un des principaux espaces publics d’Orléans. Au XIXe siècle puis au début du XXe, la création de la rue de la République et le développement du tramway renforcèrent encore cette fonction centrale.

Cette photographie correspond ainsi à une période particulièrement intéressante de l’histoire d’Orléans : la ville traditionnelle vient d’être remodelée par les grands travaux de la Belle Époque, tandis que transports collectifs électriques, commerces modernes et architecture monumentale transforment progressivement les usages du centre-ville. La carte constitue un témoignage précieux de cet Orléans du début du XXe siècle, à la frontière entre la circulation hippomobile du XIXe siècle et la ville moderne qui s’annonce.

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