Orléans#05

Le Monument des Aydes et la défense du 11 octobre 1870

Description géographique

Le Monument des Aydes à Orléans occupe le premier plan de cette carte postale ancienne, à un carrefour du quartier des Aydes, au nord de la ville historique. La légende imprimée au bas de la carte l’identifie sans ambiguïté : « ORLÉANS – Monument des Aydes élevé à la mémoire de la défense d’Orléans (11 octobre 1870) ».

La composition permet de comprendre l’organisation de ce secteur au début du XXe siècle. Le monument se dresse sur une petite emprise protégée par une grille métallique, presque au contact des habitations. Il est installé à l’embranchement de deux voies : une rue relativement large s’étire vers la droite, bordée de maisons mitoyennes, tandis qu’une voie plus calme part sur la gauche. La faible circulation et l’absence de véhicules automobiles donnent encore à l’endroit l’aspect d’un faubourg.

Les Archives municipales d’Orléans conservent une carte postale comparable sous l’intitulé « Orléans – Place de la Bascule et Monument de la défense [Les Aydes] ». Leur notice situe le monument dans le secteur de l’ancienne place de la Bascule, au débouché du faubourg Bannier, et décrit cette zone comme l’intersection du faubourg Bannier et de la rue des Trois-Croissants. La documentation patrimoniale du Musée d’Orsay donne pour sa part comme localisation l’angle de la rue du Faubourg-Bannier et de la route de Chartres. Ces indications replacent la scène à l’une des anciennes entrées nord d’Orléans, là où la ville construite rencontrait progressivement les espaces de Saran.

Le paysage urbain est caractéristique d’un faubourg français de cette époque. Les maisons visibles à droite sont généralement étroites, alignées directement sur la rue et élevées d’un ou deux étages. Les façades restent sobres, avec des ouvertures régulières et de hautes cheminées. Au centre, derrière le monument, une habitation plus imposante forme l’angle du carrefour.

À gauche apparaît également un petit clocher. Sa proximité avec le monument et l’existence documentée d’une chapelle Notre-Dame des Aydes rendent plausible son identification avec cet édifice religieux, mais la carte seule ne permet pas de l’affirmer absolument. Les Archives municipales possèdent d’ailleurs plusieurs cartes représentant un vitrail de la chapelle des Aydes consacré au même combat et à la mort du commandant Victor Arago.

La présence humaine est réduite à quelques silhouettes. Un homme traverse la chaussée devant le monument, tandis que d’autres personnages sont à peine perceptibles au loin. Cette faible animation renforce l’intérêt documentaire de la carte : le photographe montre moins une scène de vie quotidienne qu’un lieu de mémoire dans son environnement urbain.

Aujourd’hui, le Monument des Aydes est présenté par les organismes touristiques du Loiret comme situé à Saran, à la limite nord d’Orléans. Le combat lui-même est décrit comme ayant eu lieu « à l’entrée d’Orléans ». La mention « ORLÉANS » imprimée sur la carte reste donc parfaitement cohérente avec la fonction historique du monument et avec la manière dont ce quartier périphérique était alors présenté sur les cartes postales.

Description historique

Le monument représenté commémore les combats du 11 octobre 1870, durant la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Ce jour-là, les troupes allemandes progressent sur Orléans après plusieurs engagements livrés au nord de la ville. La chronologie publiée par les Archives départementales du Loiret indique qu’Orléans est occupée le 11 octobre par le corps bavarois et la XXIIe division prussienne. Les Archives d’Orléans précisent que, malgré la résistance française, les Bavarois entrent dans la ville vers 19 heures.

Le quartier des Aydes se trouvait directement sur cet axe d’approche. Les combats qui s’y déroulèrent devinrent rapidement un épisode important de la mémoire locale. Les archives conservent notamment un récit manuscrit de 235 pages rédigé par le vicaire de la paroisse, relatant les événements d’octobre et novembre 1870 dans le quartier des Aydes et les communes voisines.

La carte porte en haut une légende particulièrement spectaculaire : « Groupe de Desvergnes (combat du 11 octobre 1870) – 5.000 Français luttent contre 40.000 Allemands – Mort du commandant Arago ». Il faut toutefois faire une distinction importante : l’expression « Groupe de Desvergnes » désigne le groupe sculpté réalisé par Charles Desvergnes, et non une formation militaire portant son nom. La documentation du Musée d’Orsay confirme que Charles Desvergnes est le sculpteur du monument.

Les chiffres imprimés sur la carte doivent également être considérés avec prudence. Ils appartiennent au discours commémoratif de l’époque et ne constituent pas à eux seuls un état précis des forces combattantes. Une autre carte conservée aux Archives municipales évoque, par exemple, 6 000 Français opposés à 45 000 Prussiens et 300 morts français. La variation de ces nombres entre différentes publications montre qu’il vaut mieux retenir l’idée d’une forte disproportion présentée par la mémoire patriotique plutôt que d’utiliser les chiffres de la carte comme données militaires définitives.

Le monument lui-même est postérieur de près de trente ans aux événements. En 1897, la commune de Saran et le comité départemental du Souvenir français décidèrent d’élever un monument aux combattants ayant participé à la défense d’Orléans. Une souscription fut ouverte et un concours organisé. L’œuvre de Charles Desvergnes fut finalement inaugurée le 30 avril 1899 dans le quartier des Aydes. Les Archives municipales conservent d’ailleurs une brochure publiée à cette occasion sous le titre Inauguration du monument élevé à la mémoire des défenseurs des Aydes et d’Orléans le 11 octobre 1870 : 30 avril 1899.

Le monument rend un hommage particulier au commandant Victor Arago, né en 1833 et mort lors du combat du 11 octobre 1870. Le Musée d’Orsay relève sur le piédestal les inscriptions « V. ARAGO 1833-1870 » et « AUX DÉFENSEURS D’ORLÉANS – 11 OCTOBRE 1870 ». La figure militaire placée au sommet représente Arago debout, coiffé d’un képi, tandis que son portrait apparaît également en médaillon sur le piédestal.

Un autre indice intéressant concerne l’édition de la carte. Dans l’angle inférieur droit apparaît la marque « ND Phot. », associée à la maison Neurdein, l’un des grands éditeurs français de cartes postales et de vues photographiques. Cette attribution est cohérente avec les références consacrées à la maison Neurdein et à cette marque commerciale.

Enfin, l’affranchissement fournit un indice de datation supplémentaire. Le timbre vert de 10 centimes est visible sur le recto et l’oblitération semble se terminer par « 23 ». La lecture complète du cachet reste difficile, mais l’ensemble suggère que cet exemplaire a probablement circulé en 1923. Cela ne signifie pas nécessairement que la photographie ou le tirage datent exactement de cette année : une carte imprimée auparavant pouvait parfaitement rester en vente ou être utilisée plusieurs années plus tard.

Cette vue témoigne ainsi de deux époques à la fois : celle de la guerre de 1870, dont elle entretient le souvenir, et celle du début du XXe siècle, lorsqu’Orléans et ses faubourgs transformèrent les lieux de combat en espaces de commémoration durable.

All postcards in this category