Orléans#07

Orléans – Place du Martroi un jour de fête, vers 1910

Description géographique

La Place du Martroi à Orléans apparaît ici dans une animation exceptionnelle, entièrement organisée autour de la monumentale statue équestre de Jeanne d’Arc. La légende imprimée au bas de la carte, « 401. ORLÉANS – Place du Martroi, un jour de fête », identifie sans ambiguïté le lieu et souligne le caractère particulier de la scène. La place constitue alors, comme aujourd’hui, l’un des espaces majeurs du centre-ville orléanais.

La composition est dominée par la statue de Jeanne d’Arc, vue presque frontalement et placée au centre de l’image. L’héroïne est représentée à cheval sur un imposant piédestal de pierre entouré d’une grille métallique. Cette statue est l’œuvre du sculpteur Denis Foyatier. Elle fut inaugurée le 8 mai 1855 et remplaça un premier monument à Jeanne d’Arc installé sur l’ancien Martroi en 1804. Les reliefs du socle, réalisés ultérieurement par Vital-Dubray, évoquent plusieurs épisodes de la vie de Jeanne.

Derrière le monument s’ouvre une large perspective bordée de hauts immeubles de rapport et de bâtiments commerciaux. Il s’agit très vraisemblablement de l’entrée de la rue de la République, percée entre 1894 et 1905 pour relier directement la gare à la place du Martroi. Les imposants immeubles d’angle visibles sur la carte, avec leurs façades richement ornées, leurs balcons, leurs rotondes et leurs hautes toitures, correspondent précisément au caractère monumental donné à cette nouvelle artère au tournant du XXe siècle. La documentation d’Orléans Métropole décrit d’ailleurs la rue de la République comme une opération d’inspiration haussmannienne, marquée par des pans coupés, des rotondes et une architecture éclectique.

La place est parcourue par des rails de tramway nettement visibles dans la partie gauche de l’image. Une voiture de tramway se trouve d’ailleurs près du bord de la place, tandis qu’un important réseau de fils électriques est suspendu au-dessus de la chaussée. Ces équipements donnent une image particulièrement intéressante de la modernisation des transports urbains à Orléans. La première ligne de tramway avait été inaugurée en 1877 ; d’abord hippomobile, le réseau fut électrifié en 1899 et compta jusqu’à quatre lignes se croisant place du Martroi en 1909.

Mais l’élément le plus remarquable de la photographie reste la foule. Hommes en costume et chapeau, femmes vêtues de longues robes et souvent protégées par des ombrelles, enfants et familles se rassemblent tout autour du monument. Quelques bicyclettes sont également visibles. Ces détails vestimentaires et ces moyens de déplacement correspondent bien aux premières années du XXe siècle.

L’aspect festif de la place est évident. Des guirlandes, drapeaux et décorations sont suspendus aux façades et aux poteaux, tandis que certaines devantures ou installations semblent spécialement aménagées pour l’occasion. Sur la droite, une grande inscription « GRAND BAR DU MARTROI » est clairement lisible. Plus haut, l’enseigne d’un dentiste témoigne de l’activité commerciale des immeubles donnant sur la place.

La carte offre ainsi davantage qu’une simple représentation monumentale : elle montre le Martroi comme un véritable espace de sociabilité urbaine, à la fois carrefour de circulation, centre commercial et lieu de rassemblement populaire. Cette fonction de cœur de la vie publique orléanaise est ancienne et demeure fortement associée à la place. Orléans Métropole rappelle que le Martroi est progressivement devenu le centre de la ville après la Renaissance et qu’il demeure un lieu privilégié pour les manifestations collectives.

Description historique

La datation de cette Place du Martroi à Orléans peut être resserrée grâce à plusieurs indices présents sur la carte. La photographie appartient manifestement au début du XXe siècle. La rue de la République est déjà entièrement aménagée, ce qui oriente vers une prise de vue postérieure ou proche de son achèvement en 1905. Le tramway visible est électrique, ce qui est également compatible avec une photographie réalisée après l’électrification du réseau en 1899.

Un indice particulièrement intéressant est le timbre collé directement sur la partie supérieure du recto. Il s’agit d’un timbre vert de 5 centimes de type Semeuse, identifiable à sa valeur, à sa couleur et à son dessin. Ce modèle fut mis en vente en mars 1907 et resta en circulation jusqu’en 1921. Il fournit donc une limite chronologique certaine pour l’utilisation postale de cet exemplaire : la carte n’a pas pu être affranchie avec ce timbre avant 1907.

Le cachet d’Orléans apposé sur le timbre est malheureusement partiellement brouillé par le dessin de la Semeuse et par les détails de la photographie. La partie inférieure permet néanmoins de lire « LOIRET ». Au centre du cachet, les chiffres semblent se terminer par « 12 », ce qui pourrait correspondre à l’année 1912. Cette lecture reste cependant prudente : l’oblitération n’est pas suffisamment nette pour présenter 1912 comme une date absolument certaine.

En combinant l’aménagement urbain, le tramway électrique, le timbre et les vêtements de la foule, une datation vers 1907-1912, et plus largement vers 1910, paraît donc très vraisemblable. Il faut également distinguer la date de prise de vue de celle de l’envoi : une carte postale pouvait naturellement être vendue et utilisée plusieurs années après la réalisation du cliché.

La nature exacte de la fête photographiée demeure elle aussi indéterminée. La forte présence de drapeaux, de guirlandes et d’une foule massée autour de la statue de Jeanne d’Arc pourrait faire penser aux traditionnelles Fêtes de Jeanne d’Arc, particulièrement importantes à Orléans et historiquement associées au Martroi. L’inauguration même de la statue de Foyatier avait eu lieu le 8 mai 1855 dans le cadre des fêtes johanniques. Toutefois, la légende de la carte se contente volontairement de la formule « un jour de fête ». Aucun élément visible ne permet donc d’affirmer qu’il s’agit précisément des fêtes du 8 mai plutôt que d’une autre manifestation publique.

La statue photographiée était déjà depuis plus d’un demi-siècle le principal repère monumental de la place. Commandée à Denis Foyatier dans les années 1840, la figure équestre fut fondue en 1853 avec le métal de neuf canons fourni par le ministère de la Guerre, avant son inauguration en 1855. Son socle fut ensuite complété par les reliefs de Vital-Dubray.

Cette carte constitue donc un témoignage particulièrement vivant sur Orléans à la Belle Époque. Elle associe dans une seule vue trois dimensions essentielles de la ville de cette période : le patrimoine johannique représenté par Jeanne d’Arc, la modernité urbaine symbolisée par les tramways électriques et la nouvelle rue de la République, et enfin la vie sociale incarnée par une foule nombreuse venue occuper le cœur de la cité.

La petite mention imprimée en bas à droite paraît correspondre à « Édit. H. C. », tandis que le numéro de série 401 est nettement visible à gauche de la légende. L’identification complète de cet éditeur ne peut toutefois pas être établie avec suffisamment de certitude à partir du seul recto et des sources consultées ; il est donc préférable de conserver cette mention sous sa forme abrégée plutôt que de lui attribuer arbitrairement un nom.

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