Orléans#09

Orléans – Vue panoramique de la place du Martroi et rue de la République

Description géographique

La Place du Martroi Orléans apparaît ici dans une remarquable vue panoramique prise en hauteur, probablement depuis l’un des immeubles bordant la partie sud de la place. Le photographe regarde en direction du nord, dans l’axe de la rue de la République, qui s’ouvre très nettement au centre de l’image et file en perspective vers le secteur de la gare. Cette artère constitue alors l’une des grandes percées modernes du centre-ville : les documents d’urbanisme de la Ville d’Orléans indiquent que son aménagement, destiné à relier directement la place du Martroi à la gare, fut achevé en 1903.

Au premier plan se déploie la vaste place du Martroi, dont le centre est occupé par la statue équestre de Jeanne d’Arc. Le monument domine un imposant socle entouré d’une grille métallique. Jeanne est représentée à cheval, conformément à l’œuvre de Denis Foyatier inaugurée le 8 mai 1855. Cette statue est encore aujourd’hui l’un des principaux repères monumentaux d’Orléans.

La carte est particulièrement intéressante pour ce qu’elle révèle de l’organisation de la circulation au début du XXe siècle. Les rails de tramway forment un réseau très visible sur la chaussée et convergent autour de la place. Plusieurs voitures de tramway apparaissent simultanément : l’une à gauche de la statue, une autre au premier plan à droite et un véhicule est également visible plus loin dans l’axe de la rue de la République. Cette abondance de voies ferrées montre combien le Martroi était alors un véritable nœud de transport urbain.

La circulation reste toutefois très diversifiée. Sur la droite de la place, une voiture hippomobile témoigne de la présence encore ordinaire des véhicules tirés par des chevaux, tandis que de nombreux piétons traversent librement les voies. L’espace n’est pas encore soumis à la séparation très stricte entre trottoirs, chaussée et transports que l’on connaît aujourd’hui. Sur le tramway du premier plan, une grande réclame portant le mot « ÉLECTRICITÉ » est lisible sur le toit, détail particulièrement caractéristique de la ville moderne qui s’affirme à cette époque.

Les immeubles entourant la place et l’entrée de la rue de la République donnent à l’ensemble un aspect monumental. Les façades en pierre, les grandes fenêtres, les toitures élevées, les lucarnes et les pavillons d’angle traduisent les ambitions urbanistiques de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Le bâtiment formant l’angle gauche de la rue porte notamment l’enseigne d’un Grand Café, confirmant la vocation commerciale et sociale du quartier. D’autres boutiques et devantures occupent les rez-de-chaussée.

La configuration actuelle offre un contraste saisissant avec cette photographie. Après une importante opération de réaménagement achevée en 2013, la place du Martroi est devenue entièrement piétonne, avec un nouveau pavage, des espaces destinés à la promenade et une mise en valeur accrue de la statue de Jeanne d’Arc. La place parcourue de rails et de véhicules que montre cette carte a donc largement laissé place à une vaste esplanade piétonne.

Description historique

La place du Martroi est depuis plusieurs siècles l’un des principaux centres de la vie orléanaise. Son nom serait lié au latin martyrium, peut-être en référence à un ancien cimetière gallo-romain situé dans ce secteur. La place fut intégrée à l’intérieur de la ville lors de l’extension des fortifications au XVIe siècle. Après la disparition de l’ancienne porte Bannier et de ses ouvrages défensifs, l’espace fut notamment utilisé pour le marché aux blés. À partir de la Renaissance puis surtout au XVIIIe siècle, le centre de gravité de la ville se déplaça progressivement vers le Martroi, qui devint un lieu majeur du commerce et de la vie publique.

La statue équestre de Jeanne d’Arc visible au centre de la carte est l’œuvre du sculpteur Denis Foyatier. Inaugurée le 8 mai 1855 lors des fêtes consacrées à Jeanne d’Arc, elle remplaça une statue plus ancienne qui occupait auparavant la place. Son implantation au cœur du Martroi souligne l’importance particulière de Jeanne dans l’identité d’Orléans, ville dont elle contribua à lever le siège anglais en 1429.

Les tramways constituent le meilleur indice permettant de replacer la scène dans son époque. Orléans inaugura sa première ligne de tramway en 1877. Le réseau fut d’abord exploité avec des véhicules hippomobiles avant son électrification en 1899. Il se développa rapidement : en 1909, quatre lignes se croisaient sur la place du Martroi. Le réseau ancien fut finalement abandonné à la fin des années 1930.

La datation de cette carte peut ainsi être resserrée, sans toutefois prétendre à une année précise. La rue de la République n’ayant été achevée qu’en 1903, la photographie est nécessairement postérieure ou très proche de cette date. La présence de plusieurs tramways électriques, d’un réseau de rails déjà bien développé, de véhicules hippomobiles encore nombreux et l’absence apparente d’une circulation automobile importante orientent vers les premières années du XXe siècle. Une période située approximativement entre 1903 et 1914, et probablement dans la première décennie du siècle, paraît donc vraisemblable. Il s’agit néanmoins d’une estimation stylistique et historique, et non d’une date certaine.

Les vêtements sombres et longs des passants, les chapeaux portés par de nombreux hommes, le mobilier urbain, les réverbères et l’architecture des commerces sont cohérents avec cette datation. L’impression générale est celle d’une ville en pleine modernisation : les transports électriques prennent possession de l’espace public mais coexistent encore avec les chevaux, les charrettes et les habitudes de circulation héritées du XIXe siècle.

La légende imprimée en haut de la carte fournit une identification sans ambiguïté : « 420 ORLÉANS – Vue Panoramique de la Place du Martroi et Rue de la République ». En bas à droite figure également la mention « Édition H. C. ». Cette indication permet d’identifier la marque éditoriale de la carte, mais les seuls éléments disponibles ne permettent pas d’attribuer avec certitude les initiales H. C. à un éditeur précis ; il serait donc imprudent de développer leur signification sans documentation supplémentaire.

Cette carte postale constitue finalement un témoignage particulièrement parlant de la transformation d’Orléans au tournant du XXe siècle. Elle réunit dans une même image le vieux centre historique, le monument johannique du XIXe siècle, la nouvelle rue de la République ouverte vers la gare et le tramway électrique, symbole par excellence de la modernité urbaine de la Belle Époque.

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