Lyon#03

La Mulatière – Le confluent du Rhône et de la Saône

Description géographique

La Mulatière au confluent du Rhône et de la Saône est représentée ici dans un vaste panorama fluvial pris au sud de Lyon. La légende imprimée sur la carte précise : « LA MULATIÈRE. — Jonction de la Saône et du Rhône au-dessous de Lyon. — ND Phot. » L’expression « au-dessous de Lyon » désigne ici la situation en aval de la ville historique. La Mulatière occupe en effet une position particulière à l’extrémité méridionale de l’agglomération lyonnaise ancienne, là où la Saône rejoint le Rhône. Aujourd’hui encore, la commune se situe directement au confluent, face au quartier lyonnais de la Confluence et à proximité de Gerland.

La photographie semble avoir été prise depuis la rive de La Mulatière, légèrement en aval de la jonction des deux cours d’eau, avec un regard porté vers l’amont et le secteur du confluent. À gauche, une longue promenade longe la berge. Elle est bordée d’arbres régulièrement espacés et fortement taillés, tandis qu’un mur ou parapet maçonné sépare le chemin de l’eau. Cette rive présente encore un caractère très dégagé, bien éloigné de l’environnement routier et urbain actuel. Un bâtiment isolé à toiture rouge se dresse au bord du fleuve, tandis que l’arrière-plan demeure peu construit.

L’élément le plus remarquable se trouve au centre de la vue. Les ouvrages de maçonnerie, les passerelles et les éléments métalliques visibles sur l’eau correspondent très probablement aux installations du barrage-écluse de La Mulatière, aménagées sur la Saône immédiatement avant son débouché dans le Rhône. L’identification est cohérente à la fois avec la position indiquée par la légende et avec la configuration connue de cet ancien ouvrage hydraulique. Les documents patrimoniaux lyonnais conservent d’ailleurs de nombreuses cartes postales du début du XXe siècle représentant précisément l’écluse, le barrage et la pointe du confluent.

L’étendue d’eau qui occupe la majeure partie de la carte donne à la scène une impression d’espace considérable. La présence humaine est discrète et les équipements fluviaux dominent encore largement le paysage. Sur la rive opposée, à droite, une série de bâtiments industriels et de cheminées apparaît dans la brume. Il s’agit vraisemblablement du secteur situé vers la rive gauche du Rhône et Gerland, alors beaucoup moins urbanisé qu’aujourd’hui. Cette identification de détail reste toutefois plus prudente que celle du confluent lui-même.

Le paysage visible sur cette carte est le résultat de transformations beaucoup plus anciennes. Le confluent n’a pas toujours occupé son emplacement actuel. Au XVIIIe siècle, Rhône et Saône se rejoignaient plus au nord, vers Ainay. Le grand projet de Michel-Antoine Perrache, engagé à partir de 1771, visait notamment à gagner des terrains au sud de Lyon et à repousser la rencontre des deux cours d’eau vers La Mulatière. Les remblais et les travaux d’endiguement ont ainsi progressivement créé la partie méridionale de la Presqu’île lyonnaise.

La comparaison avec le paysage contemporain est spectaculaire. L’extrémité sud de la Presqu’île est aujourd’hui occupée par le quartier de la Confluence et le Musée des Confluences, tandis que les infrastructures routières et ferroviaires ont profondément transformé les abords de La Mulatière. Cette carte conserve donc l’image d’une période où le confluent restait avant tout un paysage de navigation, de berges et d’ouvrages hydrauliques.

Description historique

Cette carte postale peut raisonnablement être située au début du XXe siècle, probablement autour des années 1900-1910, sans qu’une date plus précise puisse être affirmée à partir du seul recto. Plusieurs indices convergent dans cette direction : la présentation de la carte, la vaste zone claire réservée sous la photographie, la mise en couleurs légère de l’image et surtout la signature « ND Phot. ».

« ND Phot. » est la marque utilisée par Neurdein Frères, importante maison parisienne de photographie et d’édition. Le Musée d’Orsay identifie explicitement « ND Phot » comme une autre appellation de la firme Neurdein Frères, active de 1863 à 1917. Les frères Étienne et Louis-Antonin Neurdein furent parmi les grands producteurs de vues photographiques et de cartes postales françaises de la Belle Époque. Des collections muséales conservent de nombreuses cartes portant exactement cette signature.

La datation est également compatible avec les archives patrimoniales du secteur. L’Inventaire général du patrimoine culturel recense plusieurs cartes postales du confluent datées « vers 1900 », ainsi qu’une vue de la « Jonction du Rhône et de la Saône » vers 1912. Il mentionne aussi des vues de Lyon éditées par ND Phot au cours du premier quart du XXe siècle. La carte présentée ici appartient donc très vraisemblablement à cette grande période d’édition des cartes postales illustrées lyonnaises.

Au moment où la photographie est prise, La Mulatière est déjà une commune indépendante. Ce territoire avait longtemps appartenu à Sainte-Foy-lès-Lyon avant d’en être détaché en 1885, à la suite du développement démographique et industriel du quartier. Sa situation au débouché de la Saône et sur les grandes voies de circulation fluviales puis ferroviaires en avait fait un secteur particulièrement actif au XIXe siècle.

Le barrage de La Mulatière constitue alors une infrastructure essentielle. Les Archives municipales de Lyon situent sa construction entre 1878 et 1881, tandis que d’autres documents techniques liés à l’ouvrage sont datés de 1880. Son rôle était de maintenir un niveau d’eau permettant une navigation plus régulière sur la basse Saône. L’écluse permettait aux bateaux de franchir la différence de niveau avant d’atteindre le Rhône. Au début du XXe siècle, le système faisait donc pleinement partie du fonctionnement quotidien de la navigation lyonnaise.

Cette situation perdura pendant plusieurs décennies. Le barrage fut finalement démoli en 1966, lorsqu’il devint inutile dans le nouveau système de régulation fluviale lié notamment aux grands aménagements réalisés plus en aval. Les Archives de Lyon enregistrent explicitement sa démolition le 19 mars 1966. L’écluse, en revanche, a été conservée et son emplacement reste encore perceptible dans le paysage actuel.

La carte constitue ainsi un témoignage particulièrement intéressant de la relation entre Lyon et ses deux cours d’eau. Elle ne montre pas seulement une rencontre géographique entre la Saône et le Rhône : elle documente aussi une époque où le confluent était un véritable espace technique et économique, façonné par la navigation, les barrages, les quais et les installations industrielles. La tranquillité apparente du panorama masque donc un site stratégique dans l’histoire du développement lyonnais.

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