Lyon#06

Lyon – Panorama de la ville et Notre-Dame de Fourvière depuis la Tour Métallique

Description géographique

Le panorama de Lyon depuis la Tour Métallique offre ici une vue exceptionnelle prise depuis les hauteurs de la colline de Fourvière, avec la basilique Notre-Dame de Fourvière occupant tout le premier plan à droite. La légende imprimée au bas de la carte confirme précisément le point de vue : « Panorama de LYON. — La Ville et Notre-Dame de Fourvière, vue prise de la Tour Métallique ». Cette indication permet de localiser avec certitude le photographe sur la Tour métallique de Fourvière, élevée à proximité immédiate du sanctuaire.

La basilique domine la composition par sa masse imposante. La prise de vue, effectuée depuis un point plus élevé que le sanctuaire, permet d’en observer une grande partie de la toiture ainsi que l’une de ses longues façades latérales, rythmée par de hautes baies et encadrée par les puissantes tours d’angle. Cette architecture monumentale associe des références romanes, gothiques et byzantines. La basilique mesure 86 mètres de longueur et possède quatre tours hautes d’environ 48 mètres.

En contrebas, à gauche de l’image, se détache très nettement la cathédrale Saint-Jean, reconnaissable à sa façade monumentale et à sa grande rosace. Elle se trouve au cœur du Vieux Lyon, au pied de la colline de Fourvière. Sa construction s’est échelonnée du XIIe au XVe siècle, ce qui explique l’association de formes romanes et gothiques visible dans son architecture.

La photographie permet surtout de comprendre avec une remarquable clarté la géographie de Lyon. Au pied de Fourvière s’étend le tissu urbain très serré du Vieux Lyon, constitué de rues étroites et de bâtiments rapprochés. La Saône sépare ensuite ce quartier de la Presqu’île. Plusieurs ponts franchissant le cours d’eau sont perceptibles dans le panorama, même si leur identification précise à partir de cette reproduction reste délicate. Le pont visible à proximité du quartier Saint-Jean pourrait correspondre au pont Tilsitt de l’époque, devenu plus tard le pont Bonaparte, mais ce détail doit rester considéré comme probable plutôt que certain.

Au-delà de la Saône apparaît la Presqu’île, déjà couverte d’un tissu urbain dense et régulier. Ses grands immeubles aux façades alignées et leurs longues rangées de toitures montrent l’ampleur prise par Lyon au XIXe siècle. Encore plus loin, un second ruban d’eau correspond au Rhône, au-delà duquel l’agglomération se poursuit vers les quartiers orientaux. La Ville de Lyon décrit encore aujourd’hui ce paysage depuis Fourvière comme une succession du Vieux Lyon, de la Presqu’île puis de la ville s’étendant vers l’est.

Cette disposition des deux cours d’eau est particulièrement intéressante sur la carte : elle permet de lire presque en coupe la structure géographique de Lyon, depuis la colline de Fourvière jusqu’aux quartiers situés au-delà du Rhône. À l’époque de la prise de vue, la ville offre déjà l’image d’une grande métropole, mais son horizon reste relativement bas. Les immeubles de quelques étages dominent très largement le paysage et aucun bâtiment moderne de grande hauteur ne vient encore rompre l’unité générale des toits.

L’atmosphère brumeuse ou légèrement voilée de l’arrière-plan accentue la profondeur du panorama. Les couleurs ne correspondent probablement pas à une photographie couleur au sens moderne : l’image présente les caractéristiques d’une carte photographique ancienne colorisée, les teintes ayant été appliquées ou reproduites à partir d’une photographie initialement monochrome. Les tons rouges des toitures, les verts de la végétation et les touches dorées de la basilique ont pour fonction de rendre la vue plus attractive tout en conservant les détails du cliché photographique original.

Description historique

La vue ne peut en aucun cas être antérieure à 1894, puisque la photographie est explicitement annoncée comme ayant été prise depuis la Tour Métallique. Celle-ci fut édifiée en 1894, à proximité de la basilique. Haute de 86 mètres, elle s’inspirait de la partie supérieure de la tour Eiffel et comportait à l’origine un restaurant panoramique. Elle ne devint relais de télévision qu’en 1953.

Notre-Dame de Fourvière était alors elle-même un monument relativement récent. La première pierre du nouvel édifice fut posée en 1872. Pierre Bossan en conçut l’architecture, puis Louis Sainte-Marie Perrin poursuivit le chantier. L’église fut consacrée le 16 juin 1896 et reçut le titre de basilique l’année suivante. La carte appartient donc à une époque où les deux grands monuments modernes de la colline — la basilique et la Tour Métallique — constituaient encore des réalisations nouvelles dans le paysage lyonnais.

Un autre indice important se trouve dans la mention « ND Phot » imprimée sous la légende. Cette marque est associée à la maison photographique parisienne des frères Neurdein, l’un des principaux producteurs français de vues photographiques et de cartes postales au tournant du XXe siècle. Les collections de Paris Musées identifient explicitement des cartes portant la signature « ND Phot » comme des productions de Neurdein Frères. Le Mucem conserve également des cartes ND Phot / Neurdein attribuées à la période 1903-1920.

Cette identification est particulièrement intéressante car la Bibliothèque municipale de Lyon conserve dans Numelyo une autre vue très proche intitulée « Le Sanctuaire de Fourvière et la Ville ; vue prise de la Tour Métallique », portant elle aussi la mention « Collections ND Phot » et dont le verso indique les « Établissements photographiques de Neurdein Frères – Paris ». Il s’agit d’un solide indice montrant que les Neurdein ont réalisé et diffusé plusieurs panoramas lyonnais depuis cette tour.

Sur la présente carte, un numéro imprimé en bas à gauche semble se lire 1310. Il s’agit vraisemblablement d’une référence de série ou de catalogue, mais sa signification exacte ne peut être établie à partir du seul recto.

En combinant la construction de la Tour Métallique en 1894, l’utilisation de la marque ND Phot et la présentation graphique de cette édition colorisée, une datation au début du XXe siècle est très probable, vraisemblablement durant les premières années du siècle ou autour des années 1905-1910. Cette fourchette doit cependant rester indicative : en l’absence de date postale ou d’indication supplémentaire provenant du verso, il serait excessif d’attribuer une année précise à cet exemplaire. Il faut également distinguer la date de la prise de vue originale de celle de l’impression de la carte, un même cliché pouvant être réédité pendant plusieurs années.

Cette carte constitue ainsi un document particulièrement riche sur Lyon à la Belle Époque. Le choix spectaculaire de la Tour Métallique comme observatoire associe deux symboles contemporains de la colline de Fourvière tout en dévoilant derrière eux la ville ancienne, la cathédrale Saint-Jean, les deux fleuves et l’expansion urbaine de Lyon au début du XXe siècle.

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