Chablis#07

Chablis – La rue des Vieilles Boucheries en 1903

Description géographique

La rue des Vieilles Boucheries à Chablis apparaît ici au début du XXe siècle comme une petite rue commerçante du centre ancien de cette cité de l’Yonne, aujourd’hui située en Bourgogne-Franche-Comté. Chablis se développe dans la vallée du Serein, à proximité d’Auxerre, au cœur d’un territoire dont l’identité est depuis des siècles étroitement liée à la vigne et au commerce du vin. Le vignoble chablisien s’étend précisément de part et d’autre du Serein.

La légende imprimée au bas de la carte identifie sans ambiguïté la « Rue des Vieilles Boucheries ». Cette dénomination existe encore aujourd’hui. Les recherches consacrées à l’histoire des rues de Chablis indiquent que cette voie était autrefois appelée rue des Bouchers, avant de prendre le nom de rue des Vieilles Boucheries. Le toponyme conserve ainsi la mémoire d’une ancienne activité professionnelle du quartier.

La photographie montre une rue étroite, bordée de maisons mitoyennes construites directement sur l’alignement de la chaussée. La plupart présentent un étage, parfois surmonté de combles éclairés par de petites lucarnes. Les façades sont relativement sobres, avec des fenêtres hautes protégées par des volets persiennés. Les toitures fortement inclinées et les cheminées donnent à l’ensemble l’aspect caractéristique d’un bourg ancien de cette partie de la Bourgogne.

Le premier plan est dominé par plusieurs commerces. À droite, l’enseigne « G. DROIN » est parfaitement lisible au-dessus d’une boutique dont la devanture est largement ouverte sur la rue. De nombreux objets, paniers, récipients, caisses et marchandises sont disposés jusque sur le trottoir, donnant une image très vivante du commerce de proximité à cette époque. Au-dessus de l’établissement se trouve également une importante enseigne en saillie, tandis que les mots « DE VIN » restent visibles sur la façade supérieure. Le reste de cette inscription est trop altéré pour être restitué avec certitude.

À côté se trouve une autre devanture portant également le nom Droin, ou une inscription très proche, mais la lecture complète est moins nette. Plusieurs habitants — principalement des femmes et des enfants — posent devant les commerces. Leur présence transforme cette vue urbaine en véritable scène de vie quotidienne : la carte ne montre pas seulement une rue, mais également les personnes qui l’habitaient et y travaillaient.

Les arbres ou arbustes installés dans des bacs sur le balcon, les volets ouverts ou fermés suivant les pièces, les marchandises entreposées au bord de la chaussée et l’absence de circulation automobile donnent à cette partie de Chablis une physionomie très différente de celle d’un centre urbain contemporain.

Description historique

Cette carte bénéficie d’un élément de datation particulièrement précieux : une inscription manuscrite indique clairement « Chablis, le 4 Octobre 1903 ». Cette date permet d’affirmer que la carte était déjà utilisée à cette date. Elle ne prouve cependant pas que la photographie elle-même ait été prise exactement le 4 octobre 1903 : le cliché peut naturellement être légèrement antérieur.

Sur le bord gauche apparaît également la mention imprimée « Édit. Philippon, journaux, tabacs », qui désigne vraisemblablement le commerçant ou éditeur local ayant diffusé la carte. La présentation graphique, l’impression monochrome et la composition photographique sont tout à fait cohérentes avec les cartes postales françaises du tout début du XXe siècle.

L’un des éléments les plus intéressants est naturellement l’enseigne G. Droin. Le nom Droin est anciennement implanté à Chablis et étroitement associé à son histoire viticole. Les archives familiales du domaine Jean-Paul & Benoît Droin signalent plusieurs générations de vignerons dans la ville et mentionnent notamment Edme-Auguste Droin au XIXe siècle puis Louis Droin, né en 1876. Il serait cependant imprudent d’identifier automatiquement le G. Droin visible sur cette carte à l’une des branches actuellement connues du domaine : aucune source suffisamment précise retrouvée lors de cette recherche ne permet d’établir cette filiation avec certitude.

La présence très visible du commerce et du vin sur la façade prend un relief particulier dans le contexte chablisien de 1903. La région vivait alors une période difficile pour la viticulture. Les archives du domaine Droin signalent notamment une destruction totale de la récolte par le gel en 1902, tandis que le vignoble avait également dû affronter le phylloxéra et le mildiou à la fin du XIXe siècle. Cette carte a donc été écrite à une époque où la viticulture locale traversait une profonde phase d’adaptation et de reconstruction.

Il faut également rappeler que l’organisation réglementaire du vignoble que nous connaissons aujourd’hui n’existait pas encore : l’appellation d’origine contrôlée Chablis ne sera instituée qu’en 1938. Lorsque cette photographie a été prise, la réputation du vin de Chablis était déjà ancienne et internationale, mais sa protection juridique moderne restait encore à construire.

Cette vue de la rue des Vieilles Boucheries constitue donc un document particulièrement intéressant sur le Chablis quotidien de la Belle Époque. Loin des seules images de vignobles ou de monuments, elle révèle un quartier commerçant animé, avec ses boutiques ouvertes sur la chaussée, ses habitants posant devant leurs maisons et ses enseignes rappelant l’importance du négoce local. Plus d’un siècle après la rédaction de la carte, le nom même de la rue subsiste et conserve le souvenir des métiers qui occupaient autrefois ce secteur du centre de Chablis.

Toutes les cartes postales de cette catégorie